Ben 3.0
Ben écrivait des phrases. Ben 3.0 les rend illisibles.
Ben 3.0 prend pour point de départ le travail de Ben Vautier et son utilisation de la phrase comme matière artistique. Il ne s’agit pourtant ni de reproduire son écriture ni d’en proposer une approximation. La phrase disparaît.
À sa place apparaît un QR code.
Chaque sculpture prend la forme d’un cube dont les six faces portent six codes différents. Derrière chacun d’eux se cache une phrase associée à une thématique : l’amour, les femmes, les hommes, les oiseaux, le bien, le mal, la mort, l’art, la guerre, mais aussi des mouvements artistiques ou des artistes.
À première vue, le spectateur se trouve donc face à six compositions graphiques abstraites, noires et blanches. Pour accéder au texte, il doit sortir son smartphone et confier la lecture de l’œuvre à une machine. Un geste devenu banal permet alors de révéler ce que l’œil seul ne peut plus comprendre.
La complexité apparente du signe est ainsi résolue par un appareil utilisé quotidiennement. Ben 3.0 joue de ce paradoxe : une phrase immédiatement lisible chez Ben devient ici une information codée, incompréhensible sans médiation technologique.
Le smartphone n’est donc pas un simple outil permettant de consulter l’œuvre. Il devient momentanément une partie du dispositif artistique.
Le livre Ben 3.0 : Code de réponse rapide prolonge le principe des sculptures par une fausse méthode d’apprentissage. Les premières pages invitent très sérieusement le lecteur à apprendre la lecture des QR codes comme s’il s’agissait d’un nouveau langage. Chiffres, lettres, comparaisons, mémorisation et exercices se succèdent avec une difficulté croissante.
L’entreprise est volontairement absurde : quelques secondes avec un smartphone suffisent à accomplir ce que le livre propose laborieusement d’apprendre.
Dans sa seconde partie, l’ouvrage devient le catalogue de la série. Pour chaque thème, le lecteur découvre les six QR codes disposés sur le patron développé du cube ainsi que la sculpture correspondante. Le livre permet ainsi de parcourir les phrases contenues dans les œuvres et d’en poursuivre le jeu au-delà de leur exposition.
Le passage de l’écriture manuscrite au code machine ne cherche donc pas à simplifier Ben Vautier. Il déplace son principe dans un environnement technologique contemporain : le texte existe toujours, mais son accès dépend désormais d’un intermédiaire numérique.