Les intelligents — Ce que nous faisons de ce que nous recevons
L’intelligence n’est peut-être pas une qualité unique, mais une multitude de façons d’observer, de comprendre, de relier et de transformer ce que nous recevons.
J’ai toujours eu le sentiment d’avoir une certaine facilité à comprendre, à écouter, à rapprocher des idées et à imaginer des solutions nouvelles. Mais j’ai également toujours été impressionné par ceux dont l’intelligence s’exerce dans des domaines exigeant une connaissance, une rigueur ou une capacité d’abstraction particulières : scientifiques, médecins, chercheurs, ingénieurs, penseurs. Cette différence apparente m’a progressivement conduit à m’interroger sur ce que nous appelons réellement l’intelligence.
Appeler cette série « Les intelligents » relève donc d’un classement volontairement arbitraire et légèrement amusé. Intellectuels, chercheurs, scientifiques, penseurs ou créateurs : les personnalités représentées ici ont en commun d’avoir développé une manière singulière de comprendre le monde.
L’intelligence ne se confond pas avec la culture. La culture apporte des connaissances et des références ; l’intelligence permet de les relier, de les organiser, de les confronter. Elle ne se confond pas davantage avec la créativité, qui introduit la possibilité d’une association nouvelle, d’une hypothèse ou d’une forme qui n’existait pas encore.
Elle n’est pas non plus nécessairement synonyme de rapidité. Observer, écouter, douter, déduire, synthétiser, modifier son raisonnement ou percevoir une relation jusque-là invisible constituent autant de manières différentes d’être intelligent.
Il n’existe peut-être pas une intelligence, mais différentes manières de faire quelque chose de ce que le monde nous donne.
Chaque portrait de cette série devient ainsi l’occasion d’en examiner une forme particulière. Non pour mesurer ou hiérarchiser les intelligences, mais pour observer ce qu’un individu fait des informations qu’il reçoit.
Cette interrogation rejoint directement mon travail sur L’Éloge de l’approximation. Notre perception elle-même travaille à partir d’informations incomplètes. Quelques lignes, quelques formes, quelques signes suffisent parfois pour reconnaître un visage. Le cerveau sélectionne, rapproche, complète et interprète.
L’intelligence commence peut-être moins par ce que l’on sait que par ce que l’on fait de ce que l’on reçoit.