Concept

Paraboles — Nouveau Testament

La parabole crée déjà une image par les mots ; mon travail consiste à lui donner une autre présence visuelle.

La parabole occupe une place singulière dans le récit biblique. Jésus ne transmet pas seulement un enseignement : il raconte. Il convoque un semeur, une lampe, une brebis, un fils, un voyageur, une vigne, une maison ou encore un grain de sénevé. Par des situations simples et des images accessibles, il ouvre des récits dont le sens dépasse pourtant largement leur apparente simplicité. C’est cette relation entre le récit, l’image mentale qu’il provoque et les significations qu’il peut faire naître qui est à l’origine de cette série.

Mon intention n’est pas d’illustrer littéralement les paraboles du Nouveau Testament, ni d’en proposer une représentation historique ou une interprétation qui prétendrait faire autorité. Je suis plasticien, et c’est depuis cette position que j’aborde ces textes. La parabole crée déjà une image par les mots ; mon travail consiste à lui donner une autre présence visuelle, à partir de ma propre sensibilité. Chaque tableau devient ainsi une proposition, une évocation, davantage qu’une traduction du récit.

Mais l’ouvrage ne repose pas uniquement sur cette rencontre entre le texte biblique et sa représentation picturale. Chaque parabole est accompagnée d’éléments permettant d’en approcher le sens : une explication du récit, une présentation de sa signification spirituelle, parfois une réflexion destinée au regardeur, puis une conclusion. Ces textes ne cherchent pas à imposer une lecture ni à transformer l’ouvrage en commentaire théologique. Ils proposent simplement des clés permettant de mieux percevoir ce que ces récits, parfois connus depuis l’enfance, portent réellement en eux.

La lecture peut alors se développer selon plusieurs mouvements. Il y a tout d’abord le plaisir immédiat de l’image : une composition, une lumière, une atmosphère, des personnages, un instant suggéré. Puis vient le plaisir de la lecture et de la découverte de ce que raconte véritablement la parabole, de ses symboles, de ses correspondances et des questions qu’elle soulève. Le texte peut éclairer certains éléments de l’image ; l’image peut, en retour, donner une présence sensible à ce que les mots expriment. Aucun des deux ne se suffit complètement à lui-même : ils se répondent et permettent au lecteur de circuler librement de l’un à l’autre.

Cette démarche me paraît d’autant plus importante que les paraboles parlent de situations profondément humaines. Elles interrogent la compassion et l’indifférence, le pardon et la faute, la justice et l’injustice, la richesse et le dénuement, la fidélité, l’attente, la responsabilité, l’humilité, la peur, le jugement ou notre relation à l’autre. Derrière des récits vieux de près de deux millénaires apparaissent ainsi des comportements, des contradictions et des questionnements qui demeurent étonnamment contemporains.

Les explications et les significations proposées dans l’ouvrage ne referment donc pas les paraboles sur une interprétation définitive. Elles constituent plutôt des points d’entrée. Chacun peut ensuite poursuivre la réflexion selon sa culture, son expérience, ses convictions, sa sensibilité ou sa foi. Là où l’un retiendra principalement la dimension spirituelle du récit, un autre pourra être touché par sa portée morale, sociale ou simplement humaine.

Cette série constitue pour moi une rencontre entre l’art, le récit et la spiritualité. La peinture n’y devient ni démonstration ni enseignement. Elle accompagne le texte, lui offre une présence visuelle et crée un espace dans lequel le regardeur peut prendre le temps de s’arrêter. L’ouvrage invite ainsi autant au plaisir de regarder qu’à celui de lire, de découvrir et de s’interroger. Mon intention est finalement assez simple : mettre en présence un récit, une image et un regardeur, puis laisser à chacun la liberté de ce qui pourra naître de cette rencontre.