Deux grands yeux bleu-gris émergent d’un monochrome couleur chair, œuvre Y comme Yersinioses (peste bubonique) de Pierre Tomy Le Boucher.
Deux grands yeux bleu-gris très clairs, entourés de cils et de sourcils fragmentés, apparaissent au centre d’une vaste surface monochrome couleur chair.
L’abécédaire de l’instant du mourir

Y comme Yersinioses (peste bubonique)

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 70 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : Deux grands yeux bleu-gris très clairs émergent d’une vaste surface monochrome couleur chair. L’ouverture du regard et la légèreté des formes qui l’entourent maintiennent une présence attentive alors que le visage a presque entièrement disparu.

Description : Y comme Yersinioses (peste bubonique) appartient à L’abécédaire de l’instant du mourir, série de vingt-six œuvres conçues en relation avec le livre du même nom. Chaque lettre associe une maladie, un personnage, une histoire et un tableau.

Le récit correspondant met en scène Yasmine Yesmina, yield manager de cinquante ans. Indépendante, sans enfant et profondément attachée à sa liberté, elle consacre une partie importante de son existence aux voyages, à la marche, à la plongée et à la photographie.

De retour d’un séjour au Zimbabwe, elle ressent une fièvre et une fatigue qu’elle attribue d’abord au voyage. Ce qui semble n’être qu’un malaise passager révèle finalement, dans le récit, une peste bubonique contractée à la suite d’une piqûre de puce.

Yasmine tarde à consulter et tente de maîtriser seule les symptômes. Lorsqu’elle est finalement hospitalisée, la maladie a déjà considérablement progressé. La septicémie transforme brutalement une femme habituée à organiser son temps et ses déplacements en une patiente qui n’a plus que quelques jours devant elle.

Cette situation produit un contraste particulièrement fort avec son mode de vie. Yasmine avait construit son existence autour de l’ailleurs : chaque année un nouveau pays, de nouvelles rencontres, des photographies, des paysages et des projets. Au moment où la mort approche, ce ne sont plus les voyages accomplis qui l’obsèdent, mais ceux qu’elle ne fera jamais.

Yannick, son ami de toujours, vient lui rendre visite vêtu d’une combinaison de protection. Depuis plus de vingt ans, leur relation se tient dans cet espace ambigu qui sépare l’amitié de l’amour. Lui croit volontiers à l’au-delà ; Yasmine se considère beaucoup plus cartésienne.

Pourtant, à l’approche de la mort, elle transforme cette différence en jeu. Elle lui promet qu’une fois disparue elle pourra lui envoyer quelques signes : une lumière qui clignote, un objet déplacé, un bruit inexplicable. Elle imagine avec humour devenir une sorte de fantôme bienveillant.

Cette plaisanterie constitue également une manière de parler de la mémoire. Continuer à produire des signes après sa disparition revient, symboliquement, à refuser l’effacement complet. Quelque chose de Yasmine pourrait encore intervenir dans le monde de Yannick, ne serait-ce que dans son imagination.

Le tableau procède lui aussi par cette logique de survivance. Le visage s’efface presque entièrement dans la surface couleur chair, mais les yeux demeurent.

Leur bleu-gris très clair, leur ouverture et les quelques fragments qui dessinent les paupières donnent au regard une présence particulièrement vive. Le spectateur reçoit très peu d’informations et construit pourtant spontanément le visage absent.

Le récit se termine enfin sur une ambiguïté volontaire. Alors que Yasmine vient d’évoquer les signes qu’elle pourrait envoyer après sa mort et que sa conscience s’efface, une carafe d’eau se brise mystérieusement dans la chambre.

Hasard, dernier phénomène perçu par un esprit qui vacille ou premier signe promis à Yannick : aucune réponse n’est donnée. Y comme Yersinioses (peste bubonique) laisse ainsi l’instant du mourir ouvert sur une ultime incertitude, exactement là où la perception ne permet plus de décider entre réel, mémoire et imagination.