Deux grands yeux bruns largement ouverts émergent d’un monochrome couleur chair, œuvre J comme Jaunisse de Pierre Tomy Le Boucher.
Deux grands yeux bruns largement ouverts, accompagnés de sourcils arqués, apparaissent au centre d’une surface monochrome couleur chair.
L’abécédaire de l’instant du mourir

J comme Jaunisse

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 70 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : Deux grands yeux bruns, largement ouverts et surmontés de sourcils arqués, émergent d’un monochrome couleur chair. L’expression demeure immédiatement perceptible alors que le visage lui-même a presque entièrement disparu.

Description : J comme Jaunisse appartient à la série L’abécédaire de l’instant du mourir, ensemble de vingt-six œuvres conçues en relation avec le livre du même nom. À chaque lettre correspondent une maladie ou un symptôme, un personnage, une histoire et un tableau.

Le récit de la lettre J est celui de Jeanne Jénéan, juriste. Son histoire commence avec un signe apparemment simple : le blanc de ses yeux jaunit et sa peau prend progressivement une teinte inhabituelle. Ce qui pourrait sembler n’être qu’un symptôme devient le premier indice d’une maladie beaucoup plus grave.

Les examens finissent par révéler un cancer du pancréas. Le temps du récit n’est pourtant pas celui du diagnostic : lorsque Jeanne arrive à l’hôpital, les traitements ont déjà échoué. Elle entre dans la chambre 203 en sachant qu’elle est venue y vivre ses derniers moments.

Le texte s’attarde alors sur des choses apparemment secondaires : les démarches administratives, les couloirs, les infirmières, une compagne de chambre, un livre posé sur une tablette ou encore une paire de chaussons rouges. Le quotidien hospitalier devient ainsi le décor très concret de l’approche de la mort.

Le tableau prend une direction inverse. Il ne représente ni la chambre, ni le cancer, ni même la coloration jaune qui donne son titre au chapitre. Le dispositif plastique refuse l’illustration clinique. Presque tout le visage disparaît derrière le monochrome couleur chair.

Seuls demeurent deux yeux très ouverts. Les pupilles sombres, le blanc important des globes oculaires et les sourcils relevés suffisent à produire une expression immédiatement lisible. Pourtant, aucune bouche, aucun nez et presque aucun contour du visage ne viennent confirmer cette perception.

Cette contradiction est au cœur de la série. Plus l’image retire d’informations, plus le spectateur est contraint d’en produire lui-même. Le regard devient le point de départ d’un visage absent que la mémoire et l’imagination reconstruisent.

Le livre apporte alors ce que le tableau refuse de montrer : un prénom, un métier, une histoire personnelle, des souvenirs et la conscience de la fin. Après la lecture, ces yeux ne sont plus seulement deux éléments graphiques : ils peuvent devenir ceux de Jeanne.

J comme Jaunisse fait ainsi dialoguer deux formes d’effacement. Dans le récit, la vie ordinaire se réduit progressivement à quelques gestes, quelques objets et quelques pensées. Dans le tableau, le visage se réduit à un regard. Dans les deux cas, très peu de choses demeurent — mais elles suffisent encore à maintenir une présence.