L comme Leucémie myéloïde chronique
1 750 € TTC
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Informations sur l’œuvre
Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 70 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.
Légende : Deux yeux bruns émergent d’un monochrome couleur chair. Les paupières, les sourcils et les volumes qui entourent le regard sont reconstruits par une succession de formes géométriques et fragmentaires.
Description : L comme Leucémie myéloïde chronique appartient à L’abécédaire de l’instant du mourir, série de vingt-six œuvres conçues en relation avec le livre du même nom. Chaque lettre associe une maladie, un personnage, un récit et une œuvre.
Le personnage correspondant est Lo-ShenLenhos, ludothécaire. Arrivé en France depuis la Chine alors qu’il ne parle pas français, il découvre enfant un monde dont il ne maîtrise ni les mots ni les codes. L’apprentissage de la langue devient progressivement pour lui une nécessité, presque un moyen de rester relié aux autres.
À force d’écoute, de répétition et d’observation, cette langue étrangère devient la sienne. Il poursuit ses études jusqu’à un Master en sciences de l’éducation et choisit de travailler comme ludothécaire, faisant du jeu un instrument de rencontre, d’apprentissage et de mémoire.
Des années plus tard apparaissent la fatigue, les fièvres et la perte d’appétit. Les examens révèlent une leucémie myéloïde chronique. Lorsque Lo-ShenLenhos entre dans la chambre 203 accompagné de ses parents, la maladie a déjà trop progressé et les traitements ne permettent plus d’enrayer son évolution.
L’un des moments les plus singuliers du récit survient alors que le médecin vient d’annoncer un pronostic vital engagé à court terme. Ses parents s’effondrent, mais le mouvement habituel de l’accompagnement s’inverse : c’est le fils malade qui tente de les apaiser.
Il leur parle de leur avenir, de leur retour éventuel en Chine et surtout de la mémoire. Son corps peut disparaître, mais quelque chose de lui continuera d’exister dans leurs souvenirs, leurs gestes et leurs silences.
Ce passage rejoint directement la recherche menée dans L’Éloge de l’approximation dans le cadre de la mnésie. Une présence n’exige pas nécessairement la permanence du corps ni même une représentation complète. Elle peut survivre par fragments, par souvenirs, par associations et reconstructions.
Le tableau fonctionne selon le même principe. Le visage n’est presque plus là. Une vaste surface monochrome couleur chair en a absorbé les principales informations. Pourtant, deux yeux et quelques fragments suffisent encore à faire naître une identité possible.
Les formes polygonales qui entourent le regard renforcent cette impression de reconstruction. Rien n’est parfaitement continu, mais l’œil du spectateur rassemble spontanément ces éléments dispersés et leur attribue une unité.
Le livre construit Lo-ShenLenhos par les souvenirs, la langue, le jeu, ses parents et son histoire personnelle. L’image accomplit le mouvement inverse : elle retire presque tout. Entre les deux demeure cette question centrale : de combien d’informations avons-nous réellement besoin pour qu’un être continue d’exister dans notre mémoire ?