Deux grands yeux gris-bleu émergent d’un monochrome couleur chair, œuvre P comme Péritonite de Pierre Tomy Le Boucher.
Deux grands yeux gris-bleu largement ouverts, entourés de formes très claires et fragmentées, apparaissent au centre d’une surface monochrome couleur chair.
L’abécédaire de l’instant du mourir

P comme Péritonite

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 70 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : Deux grands yeux gris-bleu émergent d’une vaste surface monochrome couleur chair. Leur ouverture, la douceur des contours et la discrétion des formes qui les entourent donnent au regard une apparente innocence alors que tout le reste du visage a disparu.

Description : P comme Péritonite appartient à L’abécédaire de l’instant du mourir, série de vingt-six œuvres conçues en relation avec le livre du même nom. Chaque lettre associe une maladie, un personnage, une histoire et un tableau.

Le récit correspondant est celui de Phœbe Pebheo, une enfant de six ans. Cette fois, l’approche de la mort n’est pas racontée avec les connaissances ni les interrogations d’un adulte. Tout passe par la compréhension partielle d’une petite fille qui fait confiance à sa mère et aux soignants.

Phœbe sait simplement qu’elle a très mal au ventre. On lui explique qu’une opération permettra d’enlever ce qui lui fait mal et qu’après une petite piqûre elle s’endormira. À son réveil, lui promet-on, elle retrouvera sa chambre et sa mère.

Le récit s’organise ainsi autour d’un avenir constamment évoqué : rentrer à la maison, regarder la télévision, recevoir ses amis, jouer aux cartes avec sa mère, attendre le soir le retour de son père. Pour l’enfant, la maladie reste enfermée dans une parenthèse dont la sortie paraît déjà programmée.

Cette confiance donne au texte sa dimension la plus troublante. L’opération, annoncée comme relativement courte, se prolonge pendant plusieurs heures à la suite d’une complication. Phœbe s’endort convaincue qu’elle va bientôt se réveiller dans sa chambre. Elle ne connaîtra pas la suite de son histoire.

L’instant du mourir prend donc ici une forme particulière. Contrairement à d’autres personnages du livre, Phœbe n’a pas réellement conscience d’être en train de mourir. Son dernier instant conscient est encore entièrement tourné vers la guérison et vers le retour à une vie ordinaire.

Le tableau ne représente ni la douleur, ni l’hôpital, ni l’opération. Comme dans toute la série, presque toutes les informations du visage ont été volontairement supprimées.

Les deux grands yeux gris-bleu apparaissent ici particulièrement ouverts. Leur dessin clair, les cils fins et les volumes peu marqués donnent au regard une impression de jeunesse. Quelques indices seulement suffisent ainsi à faire imaginer au spectateur un visage beaucoup plus complet.

Cette œuvre montre une nouvelle fois combien la reconnaissance repose sur une quantité très faible d’informations. L’âge lui-même peut être suggéré sans représenter le visage : une proportion, une ouverture des paupières, quelques cils ou une manière de regarder deviennent suffisamment signifiants.

Le livre fournit ce que l’image ne peut contenir : le prénom de Phœbe, son âge, sa mère, ses peurs, ses plaisanteries et les projets qu’elle imagine après l’hôpital. Le tableau, lui, ramène toute cette existence à deux yeux.

P comme Péritonite place ainsi le spectateur devant un paradoxe : il connaît une fin que le personnage, lui, ignore encore. Le regard demeure ouvert vers un avenir auquel Phœbe croit toujours, tandis que le lecteur sait déjà que cet avenir n’existera pas.