Deux yeux verts derrière des lunettes rectangulaires noires émergent d’un monochrome couleur chair, œuvre S comme Sida de Pierre Tomy Le Boucher.
Deux yeux verts entourés de quelques fragments de paupières et de sourcils apparaissent derrière une monture de lunettes noire, au centre d’une vaste surface monochrome couleur chair.
L’abécédaire de l’instant du mourir

S comme Sida

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 70 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : Deux yeux verts apparaissent derrière une monture de lunettes noire au centre d’un monochrome couleur chair. Le visage a disparu, mais les yeux et cet accessoire suffisent à produire une identité visuelle plus précise que dans la plupart des autres œuvres de la série.

Description : S comme Sida appartient à L’abécédaire de l’instant du mourir, série de vingt-six œuvres conçues en relation avec le livre du même nom. Chaque lettre associe une maladie, un personnage, une histoire et un tableau.

Le récit correspondant met en scène Sandrine Siderann, secrétaire. Sa vie bascule le jour où elle apprend sa séropositivité à l’occasion d’un dépistage réalisé avec l’homme dont elle partage alors la vie. Lui est séronégatif ; elle ne l’est pas.

À partir de cet instant, le diagnostic modifie le regard qu’elle porte sur elle-même et celui que les autres portent sur elle. Son compagnon finit par partir, tandis que Sandrine doit composer avec la maladie, les traitements, mais aussi avec la peur, le rejet et les représentations sociales qui l’accompagnent.

Les années passent. Épuisée, Sandrine cesse finalement son traitement. Ce choix constitue un moment essentiel du récit : l’instant du mourir ne correspond plus seulement à la seconde où la vie s’interrompt, mais au moment où elle décide consciemment de ne plus lutter contre l’évolution de la maladie.

Son corps s’affaiblit progressivement. Elle mange de moins en moins, respire difficilement et accepte désormais uniquement les soins destinés à soulager sa douleur. La mort devient une attente et non plus une menace abstraite.

Le tableau refuse pourtant toute représentation de la maladie. Aucun corps amaigri, aucun lit d’hôpital, aucun symbole médical. Comme dans le reste de la série, presque tout le visage est absorbé par une surface monochrome couleur chair.

Cette œuvre présente cependant une particularité : les lunettes ont été conservées. Aux deux yeux verts et aux quelques fragments de sourcils vient donc s’ajouter un objet immédiatement identifiable, une monture rectangulaire noire.

Ce détail modifie profondément la perception. Les lunettes deviennent presque aussi importantes que les yeux eux-mêmes. Elles structurent l’espace, réunissent les deux fragments du visage et fournissent au spectateur un indice supplémentaire pour imaginer la personne absente.

Cette particularité rejoint directement la recherche sur l’approximation. Il n’est pas nécessaire de disposer d’un portrait complet pour identifier ou mémoriser quelqu’un. Quelques caractéristiques singulières — la couleur d’un regard, une monture de lunettes, une ligne de sourcil — peuvent suffire à reconstruire mentalement une identité.

S comme Sida met ainsi en tension l’effacement et la persistance. Sandrine voit progressivement son existence se réduire sous l’effet de la maladie, tandis que l’œuvre réduit son visage à quelques signes. Pourtant, tant que ces signes demeurent, une présence continue d’exister.