Deux yeux bleu-gris émergent d’un monochrome couleur chair, œuvre V comme Valves mitrale de Pierre Tomy Le Boucher.
Deux yeux bleu-gris, encadrés de cils et de sourcils finement dessinés, apparaissent au centre d’une vaste surface monochrome couleur chair.
L’abécédaire de l’instant du mourir

V comme Valves mitrale

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 70 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : Deux yeux bleu-gris émergent d’une vaste surface monochrome couleur chair. Le dessin précis des cils, des paupières et des sourcils maintient un regard calme et frontal alors que le reste du visage a presque entièrement disparu.

Description : V comme Valves mitrale appartient à L’abécédaire de l’instant du mourir, série de vingt-six œuvres conçues en relation avec le livre du même nom. Chaque lettre associe une maladie, un personnage, une histoire et un tableau.

Le récit correspondant met en scène Virginie Viginier, vétérinaire de trente-sept ans. Habituée à soigner les animaux et à affronter quotidiennement la maladie des autres, elle se retrouve soudain dans la position inverse : celle de la patiente.

Une fatigue persistante, un essoufflement inhabituel puis la découverte d’un souffle cardiaque conduisent à des examens spécialisés. L’échographie révèle une fuite sévère de la valve mitrale. Le cœur, jusqu’alors silencieux et évident, devient brusquement une mécanique fragile qu’il faut réparer.

Le cardiologue expose les possibilités avec la brutalité calme du vocabulaire médical : arythmie, embolie, anticoagulants, remplacement mécanique de la valve, chirurgie à cœur ouvert. Pour Virginie, le choix se résume rapidement à deux possibilités : attendre une aggravation certaine ou accepter le risque immédiat de l’opération.

Elle choisit d’être opérée. Les jours précédant l’intervention deviennent une succession de préparatifs : consultations, soins dentaires, examens, hospitalisation. Chaque étape rapproche progressivement un événement encore abstrait jusqu’à ce que les brancardiers viennent finalement la chercher.

Victor reste auprès d’elle. Sa présence est essentielle, moins par les mots que par les gestes : une main sur l’épaule, un regard, une proximité silencieuse. Virginie a peur, mais sa décision est prise.

L’instant du mourir possède ici une singularité : Virginie ne sait pas qu’elle vit ses dernières minutes. Lorsqu’elle entre au bloc, l’opération représente encore une possibilité de retour à la vie normale.

L’anesthésiste injecte le produit. Les paupières deviennent lourdes. Virginie s’endort. Elle ne se réveillera pas. Malgré les efforts de l’équipe médicale, elle meurt pendant l’intervention.

Après l’annonce, Victor rassemble ses affaires dans la chambre. Les objets ordinaires changent alors immédiatement de statut. Quelques minutes auparavant, ils appartenaient à une personne vivante ; désormais, ils deviennent des traces, des fragments matériels chargés de souvenirs.

Ce passage rejoint directement le travail de la série sur la mémoire. La disparition du corps transforme ce qui reste en support de remémoration : une valise, un vêtement, un objet personnel peuvent soudain contenir beaucoup plus que leur simple fonction.

Le tableau fonctionne selon le même principe de réduction. Le corps a disparu, tout comme la presque totalité du visage. Seuls deux yeux bleu-gris, les paupières, les cils et quelques lignes de sourcils demeurent.

Malgré cette économie extrême, une personne semble toujours nous regarder. Le spectateur complète spontanément le visage absent et lui prête une continuité que l’image ne lui fournit pas.

V comme Valves mitrale place ainsi l’instant du mourir dans une situation paradoxale : Virginie s’endort dans l’espoir de retrouver sa vie, tandis que son dernier regard conscient appartient encore entièrement à l’avenir. La mort survient hors de sa conscience, laissant aux autres la charge de transformer sa présence en mémoire.