Appropriation et remake n° 16
1 750 € TTC
+ 50 € de frais de port supplémentaires
Informations sur l’œuvre
Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.
Légende : Une figure issue de Séville de Francis Picabia demeure perceptible au cœur d’un réseau de droites, pointes et fragments colorés qui mettent toute la composition sous tension.
Description : Appropriation et remake n° 16 prend pour point d’appui Séville, œuvre réalisée par Francis Picabia vers 1927. La figure humaine demeure au centre de la composition, mais sa présence est soumise à une transformation beaucoup plus violente que ne pourrait le laisser supposer le seul terme de fragmentation.
La droite intervient ici comme une force. Elle ne sert pas simplement à simplifier une courbe ou à découper un contour. Elle traverse, pousse, oppose et dirige. Chaque angle modifie la circulation du regard ; chaque pointe semble contenir une énergie prête à se prolonger au-delà de la forme qui l’a produite.
Le visage est particulièrement soumis à cette tension. Il ne se présente plus comme une surface continue mais comme un lieu de rencontre entre plusieurs directions. Les jaunes lumineux, les noirs, les blancs et les tonalités verdâtres s’y heurtent selon des diagonales parfois très courtes, parfois prolongées jusqu’à devenir de véritables axes.
Les yeux demeurent suffisamment présents pour maintenir l’idée d’un regard. Autour d’eux, pourtant, presque rien n’est stable. Les paupières, les joues, le nez et la bouche se construisent à partir de fragments qui donnent moins l’impression de décrire le visage que de le maintenir sous pression.
Cette puissance de la droite constitue l’un des caractères fondamentaux de la proposition. La courbe aurait naturellement accompagné les volumes du visage et adouci leurs transitions. Sa disparition produit l’effet inverse : l’image devient plus nerveuse, plus sèche, plus tendue.
Les pointes noires qui descendent depuis la coiffe ou traversent certaines parties du visage possèdent une véritable fonction dynamique. Elles ne sont pas seulement des formes. Elles donnent une direction au regard et imposent des rapports de forces entre le haut et le bas, la gauche et la droite, la figure et son environnement.
Les bleus jouent également un rôle important. Ils forment plusieurs masses anguleuses autour de la tête et dans le vêtement. Leur froideur contraste avec les jaunes très lumineux et accentue la sensation de rupture entre les différentes zones.
Le rouge intervient plus ponctuellement mais avec une grande efficacité. Sa concentration sur quelques fragments lui donne une puissance de signal. Une petite surface rouge peut soudain attirer davantage l’œil qu’une grande zone claire.
L’espace environnant refuse lui aussi toute continuité. De grandes surfaces beige clair entourent la figure, mais leurs contours obliques empêchent toute impression de repos. Même les zones apparemment les plus neutres demeurent traversées par une direction.
Cette organisation permet de dépasser l’idée d’un modèle simplement décomposé. Le remake ne casse pas Picabia en morceaux. Il reconstruit l’image à partir d’un nouveau système de forces. Chaque fragment acquiert une direction, une poussée, une résistance.
L’éloge de l’approximation intervient alors dans une situation paradoxale. La suppression des courbes retire au visage une grande partie de ce qui devrait naturellement favoriser la ressemblance. Les rondeurs de la tête, des joues ou des yeux sont remplacées par des constructions anguleuses.
Pourtant, la présence humaine persiste. La mémoire relie des fragments qui n’ont parfois plus aucun contact réel. Elle adoucit mentalement les angles, poursuit des contours interrompus et reconstitue une anatomie qui n’existe plus matériellement dans l’image.
La droite produit donc un double mouvement. Elle éloigne l’image de son modèle en supprimant la continuité naturelle des formes, mais elle donne simultanément au remake une puissance plastique qui renforce son autonomie.
Cette puissance ne naît pas de la quantité de détails. Elle vient de la confrontation des directions. Une diagonale noire rencontre un plan jaune ; une pointe blanche pénètre une masse bleue ; une verticale sombre s’oppose à une structure oblique. L’image devient presque un champ de forces.
Cette relation possède une résonance particulière avec Picabia. Autour de 1927, son travail s’oriente vers des superpositions de figures et vers les recherches qui conduiront aux Transparences. Plusieurs images, plusieurs contours et plusieurs mémoires peuvent alors coexister dans une même surface.
Le remake déplace cette superposition vers une autre logique. Les formes ne sont plus seulement placées les unes sur les autres : elles semblent se heurter. La transparence devient tension, l’empilement devient percussion.
L’appropriation conserve ainsi le souvenir du modèle sans reprendre son langage. Picabia demeure perceptible, mais l’œuvre bascule vers une écriture où la droite impose sa propre énergie.
L’image se construit finalement dans cette rencontre entre mémoire et force. Le regardeur tente de reconnaître ce qui a été perdu tandis que les droites l’entraînent dans des directions contradictoires. La figure tient encore, mais elle tient sous tension. C’est précisément cette résistance qui lui donne sa puissance.