Réinterprétation des Concetto spaziale, Attese de Lucio Fontana, grande composition rouge fragmentée traversée verticalement par une longue forme noire évoquant l’entaille, œuvre de Pierre Tomy Le Boucher.
Une longue forme noire traverse verticalement plusieurs grandes surfaces rouges fragmentées, réduisant la référence à Lucio Fontana à la mémoire de son geste essentiel.
Appropriation et remake

Appropriation et remake n° 15

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : Une longue forme noire traverse verticalement plusieurs grandes surfaces rouges fragmentées, réduisant la référence à Lucio Fontana à la mémoire de son geste essentiel.

Description : Appropriation et remake n° 15 prend pour point d’appui les Concetto spaziale, Attese de Lucio Fontana. Cette fois, aucun visage, aucun personnage, aucun paysage ne vient aider la reconnaissance. La mémoire doit travailler à partir d’un vocabulaire réduit à presque rien : une surface, une couleur et une entaille.

Chez Fontana, l’intervention sur la toile bouleverse la nature même du tableau. La surface n’est plus seulement le support d’une représentation. Elle devient un objet réel qui peut être percé, traversé ou ouvert. L’entaille fait entrer dans l’œuvre l’espace qui se trouve derrière elle.

Le remake conserve la force verticale de cette rupture mais modifie complètement son statut. L’entaille réelle disparaît. Elle est remplacée par une longue forme noire extrêmement étroite qui traverse l’image de haut en bas et dépasse même visuellement la masse rouge.

La coupure devient donc représentation d’une coupure. Ce qui, chez Fontana, appartenait physiquement à la toile devient ici un signe graphique. Le geste matériel est transformé en mémoire visuelle du geste.

Cette modification produit un déplacement essentiel dans le principe d’appropriation. Refaire réellement l’entaille aurait pu conduire à reproduire le procédé. La représenter permet au contraire de conserver l’idée de Fontana tout en abandonnant sa technique.

La surface rouge connaît elle aussi une transformation radicale. Elle n’est plus monochrome ni parfaitement continue. Plusieurs grandes formes rouges se superposent, se décalent et s’interrompent. Certaines possèdent des angles nets ; d’autres semblent se prolonger avant d’être brutalement coupées.

Plusieurs nuances de rouge apparaissent malgré l’apparente simplicité chromatique de l’ensemble. Les plans se distinguent légèrement les uns des autres et donnent à la surface une profondeur qui n’existerait pas dans un aplat unique.

La partie supérieure laisse apparaître une succession de pointes et d’accidents. La masse rouge semble presque avoir été déchirée, mais cette déchirure est entièrement construite par des lignes droites. L’irrégularité elle-même devient géométrique.

La longue forme noire agit alors comme l’élément stable de la composition. Très mince à sa base, plus large dans sa partie supérieure, elle coupe les surfaces rouges sans pour autant appartenir véritablement à l’une d’elles.

Sa verticalité s’oppose aux grandes diagonales qui organisent le rouge. Cette confrontation suffit à produire une tension considérable avec une économie de moyens presque extrême.

L’éloge de l’approximation trouve ici une situation différente de toutes les œuvres précédentes de la série. Il n’est plus question de reconstruire un visage incomplet ou une scène célèbre. Il faut reconnaître une manière de faire.

La mémoire n’identifie plus un sujet mais un geste. Une surface colorée traversée par une rupture verticale suffit à convoquer Fontana. La reconnaissance devient stylistique avant d’être iconographique.

Cette réduction permet de mesurer la puissance d’un signe lorsqu’il s’est profondément installé dans la mémoire collective. Quelques millimètres noirs au milieu d’une surface colorée peuvent contenir davantage de référence qu’une reproduction minutieuse d’une œuvre entière.

Le remake pousse alors l’approximation jusqu’à une forme presque conceptuelle. Beaucoup d’éléments caractéristiques de l’original ont disparu : la toile monochrome, la matérialité véritable de l’incision, l’ombre produite par l’ouverture et la profondeur physique située derrière la surface.

Pourtant, la référence demeure. Elle tient moins à ce qui est représenté qu’à la relation entre deux éléments : une surface et sa rupture. Dès que cette relation apparaît, la mémoire peut reconstruire le reste.

L’appropriation devient donc ici particulièrement nette. Le geste de Fontana n’est ni imité ni reproduit matériellement. Il est réduit à son empreinte mentale puis réinjecté dans une autre écriture graphique.

L’œuvre se situe finalement dans un paradoxe : plus l’image est simple, plus la mémoire doit être précise. Presque tout a disparu, mais ce qui reste suffit. L’approximation atteint alors son point extrême : quelques plans rouges et une seule verticale noire permettent à une œuvre absente de revenir dans le regard.