Appropriation et remake n° 18
1 750 € TTC
+ 50 € de frais de port supplémentaires
Informations sur l’œuvre
Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.
Légende : Un vaste champ rouge est traversé horizontalement par une concentration de droites, pointes et éclats noirs et blancs dont la tension transforme l’énergie gestuelle de Georges Mathieu.
Description : Appropriation et remake n° 18 prend pour point d’appui une composition rouge de Georges Mathieu. Cette référence introduit une situation particulière dans la série : le modèle n’est ni un visage, ni un paysage, ni une scène célèbre. Ce qui doit être reconnu appartient d’abord à une écriture, à un geste et à une énergie.
Chez Georges Mathieu, la peinture se construit dans la vitesse. Le signe naît du mouvement, de la calligraphie, de la trace et de l’acte immédiat. Les lignes peuvent se croiser, tourner, jaillir ou s’interrompre. La toile enregistre moins une forme préméditée que l’énergie de son apparition.
Le remake conserve cette énergie mais en transforme radicalement le moyen. Là où le geste de Mathieu produit naturellement des courbes, des boucles ou des projections, Pierre Tomy Le Boucher impose la droite. La spontanéité calligraphique devient une architecture tendue.
Cette substitution ne calme pourtant pas l’image. Elle lui donne au contraire une autre puissance. Les droites sont longues, parfois extrêmement fines, parfois massives. Elles se rencontrent brutalement, se croisent, se perforent visuellement et semblent pouvoir continuer leur trajectoire au-delà des formes qui les contiennent.
La droite ne constitue donc pas ici un simple procédé de simplification. Elle est une force. Une diagonale noire fend le rouge ; une pointe blanche surgit en sens inverse ; plusieurs petits segments créent des accélérations successives. Chaque direction possède presque la valeur d’un vecteur.
Le centre de la composition devient ainsi un véritable champ de forces. Les formes y sont particulièrement concentrées, comme si une énergie accumulée cherchait simultanément à se propager vers la gauche et vers la droite.
Cette concentration contraste avec les grandes surfaces rouges. Elles apparaissent d’abord comme des aplats relativement calmes, mais leurs contours obliques empêchent toute stabilité véritable. Même le fond est mis sous tension par la droite.
Le rouge joue naturellement un rôle dominant. Il possède une puissance presque physique et agit comme une masse avant même que le regard ne distingue les signes placés devant lui. Les différentes surfaces rouges ne constituent pourtant pas un fond parfaitement homogène : leurs découpes créent des plans et des déplacements.
Les noirs donnent à la composition son ossature la plus vigoureuse. Certaines formes s’étendent horizontalement tandis que d’autres traversent brutalement cet axe selon des directions obliques. Leur densité visuelle organise l’explosion des signes plus fins.
Le blanc produit un effet inverse. Très lumineux, souvent réduit à de petites pointes ou à des lignes extrêmement minces, il semble jaillir du centre comme une série d’éclats. La lumière elle-même devient angulaire.
Quelques bleus, verts et couleurs plus ponctuelles apparaissent dans la concentration centrale. Leur rareté renforce leur efficacité. Une petite surface colorée suffit à interrompre momentanément la domination du rouge, du noir et du blanc.
La puissance de cette œuvre vient précisément de l’opposition entre masse et vitesse. Les grands aplats rouges donnent du poids ; les droites donnent de l’accélération. Le regard ne peut véritablement se fixer : il est continuellement entraîné vers une autre direction.
Le remake permet ainsi de distinguer deux formes de dynamisme. Chez Mathieu, l’énergie reste directement liée à la liberté et à la rapidité du geste. Dans cette proposition, l’énergie naît de la confrontation des directions et de la brutalité des angles.
La droite reconstruit donc autant qu’elle détruit. Elle supprime la souplesse de la calligraphie originale, mais elle conserve la violence du mouvement en lui donnant une structure. L’accident gestuel devient tension organisée.
L’éloge de l’approximation intervient ici d’une manière très particulière. Aucun contour anatomique ne doit être complété et aucun personnage ne doit être identifié. La mémoire doit reconnaître une sensation picturale : fond rouge, concentration de signes, vitesse, opposition du noir et du blanc, écriture gestuelle.
La reconnaissance devient donc stylistique. Quelques relations suffisent à évoquer Georges Mathieu alors même que son vocabulaire courbe et calligraphique a été profondément transformé.
Cette situation permet de pousser plus loin le principe du remake. Reproduire les gestes de Mathieu conduirait à rester dans son langage. Les traduire par la droite crée au contraire une distance suffisante pour que la proposition acquière son autonomie.
Il se produit alors un phénomène presque paradoxal. La droite semble à première vue opposée à la spontanéité gestuelle de l’abstraction lyrique. Pourtant, par son allongement, ses pointes et ses rencontres brutales, elle parvient à restituer une sensation comparable de vitesse et d’urgence.
La mémoire du modèle et la puissance du nouveau langage peuvent ainsi cohabiter. Mathieu demeure derrière l’image, mais il n’en détermine plus la forme. Son énergie devient le matériau d’une autre énergie.
L’appropriation atteint finalement son objectif lorsque le modèle cesse d’être seulement reconnaissable et devient le point de départ d’une nouvelle présence plastique. Ici, le rouge conserve la mémoire de Mathieu tandis que la droite prend possession de l’espace.
Le visuel acquiert alors sa propre force : non plus celle du geste libre, mais celle d’une architecture de tensions. Les droites se croisent comme des trajectoires, les pointes perforent les masses et le centre semble condenser une énergie prête à éclater hors de l’image. Le remake ne reproduit plus une explosion picturale : il en construit une autre.