Réinterprétation du Chien d’Alberto Giacometti, animal très allongé construit en fragments et droites brunes tendues sur de grandes surfaces géométriques pastel, œuvre de Pierre Tomy Le Boucher.
La silhouette maigre et allongée du Chien de Giacometti traverse l’image sous la forme d’une ossature de droites et de fragments bruns, entourée de vastes plans pastel.
Appropriation et remake

Appropriation et remake n° 19

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : La silhouette maigre et allongée du Chien de Giacometti traverse l’image sous la forme d’une ossature de droites et de fragments bruns, entourée de vastes plans pastel.

Description : Appropriation et remake n° 19, intitulé Une chienne d’amitié, prend pour point d’appui Le Chien d’Alberto Giacometti, sculpture créée en 1951. L’œuvre originale présente déjà un animal réduit à une présence presque minimale : un corps extrêmement allongé, des pattes fines, un ventre creusé et une tête portée très bas.

Cette économie de matière constitue un point de départ particulièrement adapté à L’éloge de l’approximation. Giacometti avait déjà supprimé une grande partie de ce qui pourrait permettre de décrire précisément un chien. Malgré cela, l’animal demeure immédiatement perceptible.

Le remake pousse plus loin cette disparition. Le bronze, la matière et le modelé s’effacent. L’animal devient une succession de surfaces brunes, noires et blanches reliées par quelques directions essentielles.

La droite joue ici un rôle fondamental. Elle ne possède cependant pas la même fonction que dans les œuvres précédentes de la série. Elle ne cherche pas principalement l’explosion ou la percussion. Elle produit une tension.

La longue ligne du dos agit presque comme une trajectoire. Elle traverse horizontalement la composition et suffit à donner au corps sa direction générale. Malgré les ruptures, le regard poursuit cette ligne et reconstruit mentalement la colonne de l’animal.

Les pattes constituent plusieurs axes obliques qui viennent interrompre cette horizontalité. Leur maigreur est accentuée par la géométrie. Elles ne possèdent pratiquement plus de volume mais conservent suffisamment de direction pour évoquer l’appui, la marche et l’effort.

La tête descend vers la gauche dans une longue construction pointue. Le museau semble presque toucher le sol. Quelques fragments suffisent à suggérer le cou, le crâne et le nez sans jamais refermer véritablement leur contour.

À l’autre extrémité, la queue prolonge le corps par une ligne beaucoup plus légère. Elle paraît presque se perdre dans l’espace, mais sa direction participe à l’équilibre général de la silhouette.

Le grand vide situé sous le ventre devient lui-même une forme. Le chien n’existe plus seulement par les fragments qui le composent : il existe également par l’espace que ces fragments délimitent.

Cette importance du vide rapproche paradoxalement le remake de la sculpture. Même si toute matérialité réelle a disparu, la relation entre plein et vide continue à construire l’animal.

Autour de cette silhouette sombre apparaissent de vastes surfaces pastel. Bleu pâle, jaune, vert clair, rose et beige créent un environnement extrêmement ouvert qui contraste avec la densité des fragments bruns.

Ces formes ne constituent pas un paysage. Elles installent des directions. Leurs grandes diagonales traversent l’espace et produisent un système de tensions auquel le chien doit visuellement résister.

La puissance du visuel naît précisément de cette résistance. L’animal semble fragile, maigre, presque épuisé. Pourtant, les droites qui le constituent sont tendues. Elles maintiennent le corps, prolongent sa marche et lui donnent une force que son apparente faiblesse pourrait laisser croire absente.

La droite agit ainsi d’une manière presque paradoxale. Elle retire de la souplesse à l’animal mais renforce sa présence. Le corps devient plus dur, plus sec, plus nerveux. Sa fragilité n’est pas adoucie : elle est mise sous tension.

L’éloge de l’approximation trouve ici une démonstration particulièrement claire. Peu d’informations sont réellement nécessaires pour reconnaître un chien. Une tête basse, une ligne dorsale, quatre directions qui suggèrent des pattes, un ventre et une queue suffisent.

Le regardeur complète alors une quantité considérable d’éléments absents. Il rétablit la continuité du dos, devine la cage thoracique, reconstitue les articulations et donne une épaisseur à des formes qui n’en possèdent pratiquement plus.

La mémoire transforme donc une architecture de lignes en organisme. Elle arrondit silencieusement les angles et restitue mentalement la chair autour d’une structure qui paraît presque uniquement osseuse.

L’appropriation introduit également un changement de nature. Le modèle est une sculpture ; le remake devient une image plane. Un objet conçu dans l’espace tridimensionnel est ramené à une surface puis reconstruit par la seule organisation des directions.

La référence à Giacometti demeure pourtant très forte parce que l’essentiel ne réside peut-être pas dans le bronze lui-même. La silhouette, son allongement, son attitude et cette manière d’avancer tête basse suffisent à préserver la mémoire du modèle.

Le titre Une chienne d’amitié ajoute enfin une autre lecture. L’animal n’est plus seulement un objet emprunté à l’histoire de l’art. Il devient présence, compagnon, silhouette à laquelle une relation affective peut être attribuée.

Le remake atteint ainsi un équilibre particulier entre faiblesse et puissance. La figure semble pouvoir se briser, mais les droites la tiennent. Elle paraît épuisée, mais sa construction avance encore. La force du visuel ne vient donc pas ici d’une explosion : elle vient d’une tension obstinée qui traverse tout le corps.