Appropriation et remake n° 25
1 750 € TTC
+ 50 € de frais de port supplémentaires
Informations sur l’œuvre
Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.
Légende : Des carrés jaunes et bleus emboîtés concentrent le regard vers le centre tandis que de grands plans rouges, verts, orangés et violets projettent simultanément la composition vers l’extérieur.
Description : Appropriation et remake n° 25 prend pour point d’appui Target de Jasper Johns. Après le drapeau de la fiche précédente, la cible appartient à cette autre famille d’images immédiatement compréhensibles avant même d’être considérées comme œuvres d’art.
Une cible ne nécessite presque aucune explication. Des formes concentriques, un centre, plusieurs zones qui l’entourent : le regard connaît déjà son fonctionnement et se dirige spontanément vers le milieu.
Le remake conserve ce principe mais en supprime l’élément qui paraît pourtant le plus évident : le cercle. La cible n’est plus ronde. Elle devient une succession de carrés et de polygones emboîtés.
Cette disparition de la courbe ne détruit pourtant pas la fonction perceptive de l’image. Le regard continue d’être aspiré vers le centre. La mémoire reconnaît donc moins une forme précise qu’un principe d’organisation.
Le jaune et le bleu construisent cette concentration. Plusieurs formes s’emboîtent les unes dans les autres en diminuant progressivement de taille. Le mouvement va de l’extérieur vers l’intérieur jusqu’au petit carré central.
La droite prend ici une puissance particulière. Elle ne remplace pas simplement les cercles par des quadrilatères. Elle transforme la douceur régulière de la cible en une structure plus tendue, plus dure et beaucoup plus directionnelle.
Chaque angle agit comme une rupture. Là où le cercle conduirait continuellement le regard sans interruption, le carré impose quatre changements brusques de direction.
Cette différence modifie profondément l’énergie de la cible. Elle n’est plus seulement concentrique. Elle semble tourner, se contracter et presque se refermer sur son propre centre.
L’obliquité renforce encore cet effet. Les carrés ne sont pas simplement disposés horizontalement et verticalement. Ils semblent basculer les uns par rapport aux autres, donnant au centre une sensation de rotation.
La cible devient ainsi moins un objet immobile qu’un mécanisme visuel. Les droites conduisent le regard, mais elles lui imposent sans cesse de changer de trajectoire.
Le grand champ rouge placé derrière cette structure donne à la composition une masse considérable. Sa surface occupe la majorité de l’espace central et forme une sorte de socle chromatique.
Pourtant, ce rouge n’est lui-même ni parfaitement rectangulaire ni stable. Ses limites sont légèrement obliques. Même la plus grande masse de l’image semble donc soumise à une tension.
Le jaune produit un effet presque inverse. Très lumineux, il avance visuellement et accentue fortement les différentes étapes qui mènent vers le centre.
Le bleu agit comme structure et profondeur. Placé entre plusieurs zones jaunes, il crée une alternance qui rend les emboîtements particulièrement lisibles.
Cette alternance produit une sensation presque contradictoire. Le jaune semble avancer ; le bleu paraît reculer. La cible se contracte donc géométriquement tout en se déployant optiquement.
Dans la partie supérieure, plusieurs formes échappent à cette logique. Un grand plan vert, un plan orangé et deux masses violettes introduisent de nouvelles directions qui ne convergent plus nécessairement vers le centre.
Leur présence est importante parce qu’elle empêche l’image de devenir un simple exercice de géométrie concentrique. La cible organise le centre, mais d’autres forces viennent perturber son autorité.
Le grand vert se déploie vers la gauche. L’orange pousse vers le haut. Le violet s’étire vers la droite. Trois directions différentes apparaissent au-dessus d’une structure qui cherchait précisément à tout concentrer.
La puissance de la droite se joue donc entre deux mouvements contraires : concentration et expansion.
Au centre, les droites rapprochent. Elles réduisent progressivement les dimensions et conduisent vers un point visuel de plus en plus resserré.
À la périphérie, elles éloignent. Les grands triangles et quadrilatères semblent vouloir quitter le centre, déborder et étendre la composition au-delà de ses limites.
L’image devient alors un véritable champ de forces. Certaines directions aspirent, d’autres expulsent. Certaines stabilisent, d’autres déséquilibrent.
Cette tension évite toute lecture purement décorative. Les couleurs sont franches et les formes relativement simples, mais leur organisation produit une énergie beaucoup plus complexe.
L’éloge de l’approximation apparaît ici avec une grande évidence. Une cible semble normalement dépendre de ses cercles. Pourtant, aucun cercle n’est nécessaire pour que le principe de cible soit reconnu.
Le regardeur voit plusieurs surfaces emboîtées et comprend immédiatement qu’un centre est désigné. La mémoire complète alors la fonction que la géométrie a volontairement transformée.
Ce phénomène est particulièrement intéressant parce que la reconnaissance ne concerne plus véritablement un objet. Une cible est d’abord une structure perceptive : périphérie, rapprochement, centre.
Tant que cette relation subsiste, presque toutes les formes peuvent changer. Le cercle peut devenir carré, les proportions peuvent être modifiées, les couleurs peuvent être déplacées. La cible reste cible.
La mémoire fonctionne donc ici comme reconnaissance d’un système. Elle ne cherche pas à retrouver chaque détail du modèle ; elle identifie une logique.
Le remake démontre alors que l’approximation peut s’exercer très loin de la figuration. Il n’est nullement nécessaire de partir d’un visage ou d’un corps pour mettre en jeu la mémoire.
Quelques relations géométriques peuvent être tout aussi fortement enregistrées. L’œil connaît la cible avant même d’avoir besoin de la nommer.
La relation avec Jasper Johns devient d’autant plus intéressante que la cible fait partie de ces signes déjà disponibles dans la culture visuelle. Le sujet ne demande pas à être inventé ; il est déjà là.
L’appropriation peut alors porter sur une image elle-même construite à partir d’un signe collectif. Jasper Johns s’empare de la cible ; le remake s’empare à son tour de cette appropriation et modifie le système formel qui la rend reconnaissable.
Le déplacement n’est donc pas seulement stylistique. La cible circulaire devient cible angulaire. Une organisation fondée sur la continuité devient une organisation fondée sur la rupture.
La droite manifeste ici une qualité essentielle : elle concentre sans immobiliser. Le regard est conduit vers le centre, mais chaque angle maintient une tension qui empêche toute véritable stabilité.
C’est probablement ce qui donne à cette image sa puissance. Peu de formes sont nécessaires, mais chacune possède une direction très affirmée. Rien n’est neutre.
Même les grands espaces gris clair situés derrière le rouge participent à cette construction. Leurs limites légèrement inclinées créent un second cadre qui refuse lui aussi l’horizontalité parfaite.
Tout paraît donc légèrement déplacé. La cible existe, mais elle n’est jamais complètement centrée dans un ordre immobile.
Le remake prend finalement le signe de Jasper Johns et le soumet à une tension nouvelle. La mémoire garantit encore la cible ; la droite lui retire sa tranquillité.
Ici, la puissance du visuel tient moins à la fragmentation qu’à une mécanique presque contradictoire : **tout conduit vers le centre alors que tout semble simultanément vouloir s’en échapper**. La droite devient précisément l’instrument de cette contradiction.