Réinterprétation de Flag de Jasper Johns, drapeau américain transformé en puissants plans géométriques rouges, blancs et bleu profond, traversés de pointes et de diagonales, œuvre de Pierre Tomy Le Boucher.
Le drapeau américain demeure immédiatement reconnaissable tandis que ses étoiles et ses bandes se transforment en éclats, pointes et grands plans obliques rouges, blancs et bleus.
Appropriation et remake

Appropriation et remake n° 24

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : Le drapeau américain demeure immédiatement reconnaissable tandis que ses étoiles et ses bandes se transforment en éclats, pointes et grands plans obliques rouges, blancs et bleus.

Description : Appropriation et remake n° 24 prend pour point d’appui Flag, œuvre réalisée par Jasper Johns en 1954-1955. Le modèle possède une particularité essentielle : avant même de devenir tableau, son image existe déjà dans la mémoire. Le drapeau américain n’a pratiquement pas besoin d’être appris ou déchiffré ; ses étoiles, ses bandes et ses trois couleurs constituent un système de signes immédiatement reconnaissable.

Jasper Johns avait précisément choisi ce type de motif déjà connu afin de déplacer l’attention du sujet vers la fabrication même de l’œuvre. Le drapeau devenait simultanément image, peinture et presque objet.

Le remake intervient sur cette évidence visuelle en supprimant une grande partie de ce qui devrait théoriquement permettre de reconnaître correctement le drapeau. Les étoiles ne sont plus des étoiles régulières. Les bandes cessent d’être parallèles et le rectangle bleu perd sa forme traditionnelle.

Pourtant, la reconnaissance est immédiate. Rouge, blanc, bleu, une masse sombre dans la partie supérieure gauche et plusieurs bandes horizontales suffisent. La mémoire reconstitue instantanément ce que l’image refuse de représenter avec exactitude.

L’éloge de l’approximation trouve donc ici une démonstration particulièrement claire. Il n’est nullement nécessaire de compter cinquante étoiles ou treize bandes. Le regard ne vérifie pas. Il reconnaît.

Cette reconnaissance repose sur quelques relations profondément mémorisées. Le bleu doit occuper une zone particulière ; le rouge et le blanc doivent alterner ; les signes clairs doivent évoquer une constellation. Dès que ces rapports sont présents, l’image mentale du drapeau se reconstitue.

La transformation la plus forte concerne la grande surface bleue. Elle ne possède plus la forme d’un rectangle stable. Elle devient un immense polygone oblique qui descend dans la composition et semble presque couper les bandes rouges.

La droite prend ici toute sa puissance. Elle ne décrit plus simplement les limites d’une forme. Elle impose une direction. La grande diagonale bleue traverse l’organisation horizontale du drapeau et introduit une tension qui n’existe pas dans le symbole original.

Les bandes rouges subissent une transformation comparable. Elles demeurent globalement horizontales, mais leurs extrémités deviennent pointes, ruptures ou angles. Elles ne semblent plus posées les unes au-dessus des autres : elles paraissent avancer latéralement.

L’horizontale elle-même acquiert ainsi une énergie. Ce qui était traditionnellement stabilité devient mouvement. Plusieurs bandes semblent se prolonger vers la droite, d’autres vers la gauche, comme si le drapeau était soumis à des forces contradictoires.

Les formes blanches jouent un rôle différent. Certaines conservent la fonction de bandes, mais beaucoup deviennent de petites pointes ou des éclats dispersés dans la zone bleue.

Les étoiles disparaissent donc presque complètement en tant que figures régulières. Elles deviennent des signes blancs acérés. Pourtant, leur répétition et leur position suffisent à maintenir leur fonction symbolique.

Cette transformation permet de mesurer la puissance de la mémoire visuelle. Un triangle blanc n’est évidemment pas une étoile. Mais lorsque plusieurs formes blanches se répètent dans une masse bleue placée au-dessus de bandes rouges et blanches, le regard accepte immédiatement de les lire comme l’équivalent des étoiles.

La perception ne demande donc pas l’exactitude. Elle demande suffisamment de cohérence pour pouvoir compléter ce qui manque.

Cette économie rejoint directement le principe de l’appropriation. Le remake ne cherche pas à produire un autre drapeau américain. Il utilise une image dont la reconnaissance est tellement installée qu’elle peut supporter une transformation considérable.

Plus le modèle est mémorisé, plus il devient possible de le malmener. Sa stabilité culturelle autorise précisément l’écart plastique.

La droite joue ici un rôle essentiel dans cet écart. Contrairement à un portrait, elle ne vient pas contrarier une anatomie naturellement courbe. Elle rencontre une image qui est déjà constituée d’horizontales, de verticales et d’une organisation géométrique.

La transformation consiste donc moins à remplacer la courbe par la droite qu’à libérer la droite de sa régularité. Les lignes cessent d’être disciplinées. Elles s’inclinent, se brisent, deviennent pointes et prennent possession de l’espace.

C’est précisément ce déplacement qui donne au visuel sa puissance. La géométrie du drapeau original est stable, réglementée, presque administrative. Celle du remake est tendue, asymétrique et directionnelle.

La droite cesse alors d’être seulement structure. Elle devient énergie. Chaque angle introduit une poussée ; chaque pointe indique une direction ; chaque plan semble pouvoir glisser par-dessus le suivant.

Le bleu joue dans cette dynamique un rôle de masse. Sa grande surface très sombre pèse fortement sur la partie gauche et centrale de la composition, mais sa pointe inférieure l’empêche de devenir statique.

Le rouge possède une énergie différente. Répété en longues bandes, il crée un rythme puissant que les ruptures et les décalages viennent constamment perturber.

Le blanc fonctionne presque comme une lumière coupante. Ses formes traversent ou séparent les masses chromatiques et introduisent de nombreux petits accidents qui accélèrent le regard.

La palette demeure pourtant strictement liée au modèle. Aucun ajout chromatique n’est nécessaire. Le remake tire sa différence non d’un changement de couleurs mais d’un changement de rapports entre les formes.

Cette fidélité chromatique permet même d’aller beaucoup plus loin dans la transformation géométrique. Les couleurs assurent la mémoire du modèle pendant que les droites peuvent prendre davantage de liberté.

Il se produit alors une sorte de partage des fonctions. La couleur dit : « drapeau américain ». La droite répond : « autre image ».

Cette tension constitue précisément l’espace du remake. Le modèle demeure suffisamment présent pour être reconnu, mais le nouveau langage possède assez de puissance pour empêcher toute confusion avec une simple reproduction.

La relation avec Jasper Johns devient particulièrement intéressante à cet endroit. Son Flag interrogeait déjà la frontière entre l’objet connu et sa représentation picturale. La familiarité du symbole permettait de déplacer le regard vers la matière de l’œuvre.

Le remake déplace une nouvelle fois cette relation. La matérialité de l’encaustique, des tissus et des collages disparaît. À sa place apparaît une surface parfaitement nette où la tension n’est plus produite par la matière mais par la géométrie.

Le passage est presque inverse. Johns rendait matériel un signe extrêmement simple. Le remake retire cette matérialité et transforme le signe lui-même en champ de forces.

La droite révèle alors une nouvelle facette de sa puissance dans la série. Elle ne doit plus reconstruire un visage, tenir un animal ou organiser des corps. Ici, elle déstabilise un symbole qui semblait impossible à déstabiliser.

Le drapeau reste drapeau. Mais ses bandes glissent, ses étoiles éclatent, son rectangle bleu bascule. La mémoire continue de garantir l’identité tandis que la géométrie impose une autre présence.

L’image atteint ainsi un point particulièrement clair de L’éloge de l’approximation : presque toutes les règles formelles du modèle peuvent être transgressées dès lors que quelques signes suffisamment puissants subsistent.

Le regardeur ne reçoit plus le drapeau exact. Il reçoit juste assez de drapeau pour que sa mémoire accomplisse le reste. Entre ce qui est réellement montré et ce qui est automatiquement reconstruit apparaît précisément l’espace de l’appropriation.