Appropriation et remake n° 04
1 750 € TTC
+ 50 € de frais de port supplémentaires
Informations sur l’œuvre
Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.
Légende : Bonaparte et son cheval émergent d’une composition éclatée en triangles et fragments colorés où quelques lignes de force suffisent encore à reconstruire la célèbre image de Jacques-Louis David.
Description : Appropriation et remake n° 04 prend pour point d’appui Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard de Jacques-Louis David. L’image appartient depuis longtemps à la mémoire collective : un cavalier domine un cheval cabré tandis que le manteau, le mouvement de l’animal et la diagonale générale de la composition construisent une figure héroïque immédiatement identifiable.
Cette image possède cependant une particularité essentielle dans le cadre du remake. Le tableau de David ne cherche déjà pas à restituer fidèlement l’événement. Bonaparte franchit réellement le col du Grand-Saint-Bernard dans des conditions beaucoup moins théâtrales. David transforme l’épisode historique en représentation du pouvoir : le personnage demeure calme tandis que le cheval concentre presque toute la violence du mouvement.
L’appropriation intervient donc ici sur une première transformation. Un événement devient peinture héroïque ; la peinture héroïque devient à son tour matière d’un nouveau langage plastique. Entre l’histoire, David et cette proposition se succèdent plusieurs déplacements de la réalité.
Dans le remake, la construction équestre est poussée très loin vers la fragmentation. Le corps du cheval ne possède pratiquement plus de contour continu. De grandes surfaces roses et jaunes rencontrent des fragments noirs, bruns, gris et blancs. Les jambes, la tête, l’encolure et le mouvement de l’animal doivent être reconstitués à partir de signes dispersés.
Le cavalier subit la même transformation. Bonaparte n’est plus décrit par son uniforme, les détails de son visage ou la précision de son costume. Son corps apparaît dans la partie supérieure de la composition sous forme d’un assemblage de masses colorées et de fragments anguleux.
Pourtant, l’image ne s’effondre pas complètement dans l’abstraction. Une diagonale générale persiste. Elle part de la masse du cheval, traverse le cavalier et prolonge le mouvement vers le haut de la composition. Cette direction constitue l’un des indices fondamentaux permettant de retrouver mentalement le tableau de David.
Les grandes surfaces roses et jaunes jouent un rôle essentiel. Elles ne cherchent pas à retrouver les couleurs historiques du modèle. Elles deviennent des forces plastiques capables d’organiser l’image. Le rose construit une large zone centrale tandis que le jaune envahit le sol et certaines parties supérieures, produisant une tension avec les fragments sombres.
Autour du couple cavalier-cheval, de nombreux triangles gris, noirs, verts et blancs semblent s’être détachés du sujet. Certains prolongent une direction ; d’autres introduisent des ruptures. Le paysage alpin disparaît presque totalement et laisse place à un espace mental où les fragments flottent autour de ce qui reste du modèle.
L’éloge de l’approximation trouve ici une expression particulièrement forte. La reconnaissance ne repose plus sur un visage ou sur un détail isolé, mais sur l’organisation globale de l’image. Un cheval qui se redresse, un cavalier placé au-dessus de lui, quelques diagonales et une masse agitée suffisent à faire remonter une représentation déjà inscrite dans la mémoire.
Le regardeur ne reçoit donc pas une copie dégradée de David. Il reçoit des fragments et tente de les raccorder. La mémoire intervient dans les vides, rétablit des contours inexistants, poursuit des lignes interrompues et attribue une fonction figurative à des formes qui, considérées séparément, pourraient n’être que des triangles ou des aplats.
Le remake devient ainsi une expérience sur la persistance de l’image. Plus la représentation célèbre est profondément mémorisée, plus il devient possible de la détériorer, de la simplifier et de l’éloigner de son apparence initiale sans la faire totalement disparaître.
Cette œuvre ajoute finalement un nouvel écart à ceux déjà contenus dans le tableau de David. Le fait historique avait été transformé en mythe politique ; le mythe pictural est ici fragmenté jusqu’à devenir presque une abstraction. Entre ces différents états demeure pourtant une même structure, suffisamment puissante pour traverser les transformations et continuer à être reconnue.