Réinterprétation de Sans Fin de Christian Boltanski, grille de portraits stylisés noirs et blancs dont un visage rouge se distingue, sur de grandes formes géométriques vertes et jaunes, œuvre de Pierre Tomy Le Boucher.
Une succession de visages presque anonymes forme une grille noire et blanche traversée par un unique portrait rouge, tandis que de grandes diagonales vertes et jaunes structurent l’espace.
Appropriation et remake

Appropriation et remake n° 06

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : Une succession de visages presque anonymes forme une grille noire et blanche traversée par un unique portrait rouge, tandis que de grandes diagonales vertes et jaunes structurent l’espace.

Description : Appropriation et remake n° 06 prend pour point d’appui Sans Fin, installation réalisée par Christian Boltanski à Rome en 2011. Le dispositif original faisait défiler des visages photographiques dans un mouvement continu. La photographie, la répétition, l’anonymat et le passage du temps y transformaient chaque individu en présence momentanée au milieu d’une multitude.

Le remake abandonne le mouvement mécanique mais conserve l’idée de succession. Les visages sont désormais disposés en trois rangées régulières. Chacun possède son propre cadre noir, légèrement irrégulier, comme une petite archive autonome placée parmi les autres.

La photographie disparaît presque totalement. Chaque visage est ramené à quelques surfaces blanches prises dans une masse noire. Les yeux, le nez, la bouche, la chevelure ou la forme générale de la tête ne subsistent que sous forme de signes extrêmement réduits.

Pourtant, aucune difficulté véritable n’empêche de percevoir des visages. Quelques taches correctement positionnées suffisent. Une ligne devient un œil, une petite surface noire produit une bouche, deux ruptures latérales suggèrent une chevelure. La pauvreté volontaire de l’information renforce paradoxalement la présence humaine.

L’éloge de l’approximation apparaît ici presque sous une forme expérimentale. Les portraits pourraient être considérés comme une série de tests perceptifs : jusqu’où un visage peut-il être simplifié avant de ne plus être reconnu comme visage ? La réponse ne dépend pas uniquement de ce qui est représenté, mais de ce que la mémoire sait déjà reconstruire.

La répétition introduit cependant une seconde question. À première vue, tous ces individus semblent appartenir à une même famille graphique. Noir, blanc, rectangle, visage. Le regard passe rapidement de l’un à l’autre et transforme progressivement les personnes en série.

Un seul portrait rompt brutalement cette continuité. Son cadre et son visage deviennent rouges. Il ne possède pas nécessairement davantage d’informations que les autres, mais la couleur suffit à l’extraire du groupe. L’individu apparaît précisément parce que la répétition vient d’être interrompue.

Cette rupture déplace le principe de Boltanski. Dans une accumulation de visages anonymes, chaque photographie peut évoquer une existence singulière tout en participant à une mémoire collective. Ici, la différence chromatique produit immédiatement une hiérarchie : un visage devient visible parce que tous les autres lui ressemblent.

Le rouge ne décrit donc pas le personnage. Il agit comme un signal. Il pourrait évoquer la présence, l’absence, la sélection, la disparition ou simplement l’accident qui distingue momentanément un individu au milieu d’une population.

Derrière cette grille apparaissent de vastes formes vertes et jaunes. Leur échelle contraste fortement avec celle des petits portraits. Elles traversent la composition selon des diagonales qui ne décrivent aucun lieu réel et installent les visages dans un espace purement graphique.

La grille elle-même demeure relativement stable tandis que ces grandes surfaces donnent l’impression de passer derrière elle. Deux systèmes coexistent alors : l’ordre répétitif des portraits et le désordre apparent des formes qui traversent l’espace.

Le remake s’éloigne ainsi fortement de l’installation de Boltanski sans abandonner son noyau perceptif. Le mouvement physique est remplacé par le déplacement du regard. Celui-ci passe d’un visage à l’autre, cherche des différences, fabrique des rapprochements et finit inévitablement par s’arrêter sur le rouge.

L’appropriation devient ici une réflexion sur la mémoire elle-même. Une multitude de visages pourrait disparaître presque immédiatement du souvenir, tandis qu’un détail singulier suffit parfois à fixer une présence. Le rouge agit alors comme cette petite anomalie qui empêche momentanément l’oubli.