Appropriation et remake n° 09
1 750 € TTC
+ 50 € de frais de port supplémentaires
Informations sur l’œuvre
Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.
Légende : Le visage de Jean Dubuffet demeure perceptible au centre d’une construction éclatée de pointes, triangles et aplats colorés où la figure semble émerger de sa propre fragmentation.
Description : Appropriation et remake n° 09 prend pour point d’appui un autoportrait réalisé par Jean Dubuffet en 1966. Cette référence possède une place particulière dans la série : le modèle d’origine s’éloignait déjà volontairement des conventions classiques du portrait et de la recherche d’une ressemblance descriptive.
Chez Dubuffet, le portrait peut exister sans dépendre d’une restitution anatomique fidèle. La figure surgit par la force de quelques signes, par l’organisation des traits et par une présence qui résiste à la simplification. Le remake rencontre donc un modèle qui interroge déjà la relation entre visage, ressemblance et représentation.
Pierre Tomy Le Boucher pousse cette question vers une autre limite. La tête demeure frontale, mais sa continuité disparaît presque entièrement. Le visage est constitué d’une accumulation de triangles, de pointes, de fragments noirs, blancs, jaunes et rouges qui se rencontrent sans former de contour régulier.
Les yeux occupent une place déterminante. Très contrastés, encadrés de noir et de rouge, ils constituent immédiatement le principal point d’ancrage du portrait. Leur présence suffit presque à donner une orientation et une intention à toute la figure.
Le nez et la bouche sont davantage soumis à la fragmentation. Plusieurs surfaces blanches, rouges, jaunes et noires doivent être réunies mentalement pour retrouver leurs positions. Aucun contour continu ne les enferme véritablement.
La chevelure devient une explosion. Une multitude de pointes jaunes, noires et blanches rayonne autour du sommet du visage. Il devient difficile de déterminer précisément où se termine la tête et où commencent les formes autonomes qui l’entourent.
Cette incertitude gagne l’ensemble de la composition. Les grandes masses turquoise et vertes qui encadrent le portrait pourraient appartenir à un vêtement, à un espace ou simplement à une organisation abstraite. Elles possèdent simultanément une fonction figurative et une autonomie plastique.
Le jaune agit comme une véritable force de construction. Il traverse la figure, pénètre le visage et se prolonge dans plusieurs zones extérieures. Sa luminosité oppose les surfaces sombres et contribue à maintenir une cohésion entre des fragments qui semblent vouloir se disperser.
L’éloge de l’approximation intervient précisément à cet endroit. Le portrait ne fournit plus l’ensemble des informations nécessaires à une lecture réaliste, mais conserve suffisamment de positions relatives pour que le regardeur reconstruise un visage.
Une pointe noire devient une ombre. Une surface rouge devient une paupière ou une bouche. Deux fragments jaunes peuvent prolonger une joue. La perception transforme continuellement des formes géométriques autonomes en éléments anatomiques.
Le remake ne demande donc pas seulement : « ressemble-t-il encore au modèle ? ». Une autre question apparaît : quelle quantité de ressemblance est réellement nécessaire pour qu’un visage continue d’exister ?
La référence à Dubuffet rend cette interrogation particulièrement féconde. Son travail sur le portrait refusait déjà la soumission aux conventions de la belle ressemblance. La présence du modèle pouvait naître d’une déformation, d’une simplification ou d’une figure apparemment maladroite.
L’appropriation ajoute ici une nouvelle distance. Les lignes caractéristiques de Dubuffet disparaissent au profit d’une écriture exclusivement angulaire. Le modèle n’est pas imité : il est traversé par un autre système graphique.
L’œuvre se situe finalement entre deux refus de la fidélité. Dubuffet s’écarte du portrait académique ; le remake s’écarte à son tour de Dubuffet. Pourtant, au terme de ces déplacements successifs, un visage continue d’apparaître. C’est peut-être précisément là que la mémoire devient peinture.