Appropriation et remake n° 20
1 750 € TTC
+ 50 € de frais de port supplémentaires
Informations sur l’œuvre
Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.
Légende : Le jeune Jacques Amalric conserve la douceur de son regard tandis que son visage et son buste sont traversés par une architecture puissante de droites, triangles et grands plans bleus et jaunes.
Description : Appropriation et remake n° 20 prend pour point d’appui le Portrait de Jacques Amalric peint par Antoine-Jean Gros en 1804. Le modèle est encore un enfant. Son visage rond, son regard direct et son expression relativement grave donnent au portrait original une intimité très éloignée des grandes compositions historiques auxquelles le nom de Gros est souvent associé.
Le remake conserve cette présence enfantine mais modifie radicalement l’espace dans lequel elle apparaît. Le visage demeure au centre de la composition tandis que de vastes formes jaunes et bleues se déploient autour de lui selon des directions très affirmées.
Cette différence d’échelle joue un rôle essentiel. Les détails du visage sont constitués de fragments relativement petits, alors que certaines formes de l’arrière-plan traversent une grande partie de l’image. L’intime se trouve ainsi confronté au monumental.
Les yeux restent l’un des principaux points de reconnaissance. Leur position demeure suffisamment précise pour maintenir immédiatement la présence du jeune garçon. Autour d’eux, pourtant, les paupières, les sourcils et les zones d’ombre sont déjà transformés en surfaces anguleuses.
Le nez se construit par une succession de plans clairs et bruns. Il ne possède plus un modelé continu mais demeure parfaitement localisable. La mémoire restitue spontanément le volume que les droites ont supprimé.
La bouche conserve davantage de couleur. Ses rouges et ses bruns créent un petit foyer particulièrement dense au milieu des tonalités chair. Quelques fragments suffisent à lui rendre une expression.
Les cheveux constituent une zone beaucoup plus nerveuse. Les bruns profonds, les noirs et certains bleus se développent en triangles et en pointes qui donnent à la partie supérieure du portrait une énergie absente de la douceur initiale du modèle.
La droite devient ici une véritable force de construction. Elle ne se contente pas de remplacer la courbe du visage. Elle organise les rapports entre les différentes parties de l’image et donne à chacune une direction précise.
Plusieurs grandes diagonales bleues traversent l’espace derrière la tête. Elles élargissent considérablement la composition et semblent projeter le portrait au-delà de ses limites naturelles. Le visage reste immobile, mais l’espace qui l’entoure est en mouvement.
Le jaune agit différemment. Il forme une vaste lumière géométrique qui pénètre le visage, se prolonge sous le menton et revient dans plusieurs zones périphériques. Cette lumière ne décrit plus une source réelle : elle devient une poussée plastique.
Les bleus, plus froids et plus lourds, s’opposent à cette expansion lumineuse. Leur rencontre avec le jaune produit une tension importante sans nécessiter une grande accumulation de couleurs.
La puissance du visuel naît précisément de ce rapport entre la stabilité du visage et l’énergie des droites qui l’entourent. Jacques Amalric ne paraît pas éclater comme certaines figures précédentes de la série. Il semble plutôt résister à une architecture qui se construit autour de lui.
Cette résistance donne au portrait une présence particulière. L’enfant conserve quelque chose de fragile et de silencieux tandis que les grandes formes qui l’encadrent possèdent une ampleur presque monumentale.
La droite produit ainsi un contraste expressif. Elle est dure, précise, parfois tranchante. Le visage qu’elle construit demeure pourtant doux. La puissance graphique n’efface donc pas la sensibilité du modèle ; elle lui fournit un nouvel espace.
L’éloge de l’approximation intervient directement dans cette contradiction. Le visage humain est naturellement constitué de courbes et de transitions progressives. Leur suppression devrait éloigner considérablement l’image de la ressemblance.
Pourtant, la reconnaissance demeure presque immédiate. Le regardeur relie les fragments, poursuit les contours interrompus et arrondit mentalement les angles. Quelques positions relatives suffisent à transformer les polygones en front, joues, nez et bouche.
La mémoire ne se contente donc pas de remplir des trous. Elle corrige également la géométrie. Elle restitue une continuité organique à partir d’un vocabulaire qui refuse précisément cette continuité.
Cette opération donne à la droite une double fonction. Elle éloigne le portrait de son apparence d’origine mais renforce simultanément l’autonomie et la puissance de la nouvelle image.
Le remake ne consiste donc pas à produire une version géométrique du tableau de Gros. Le portrait original devient une structure de référence susceptible d’être démontée, comprimée, étirée et reconstruite selon un autre rapport de forces.
La différence avec l’œuvre précédente consacrée au chien de Giacometti apparaît clairement. Là, les droites maintenaient une silhouette fragile dans sa marche. Ici, elles donnent de l’ampleur à un visage immobile. La même écriture peut donc produire une tension sans jamais répéter exactement le même effet.
Dans cette proposition, la force de l’image tient finalement à une rencontre : celle de la vulnérabilité d’un enfant et d’une architecture graphique qui pourrait sembler trop puissante pour lui. Pourtant, le visage ne disparaît pas. Il reste là, au centre, et impose sa présence aux grandes diagonales qui l’entourent.
L’appropriation atteint alors un équilibre entre mémoire et transformation. Antoine-Jean Gros demeure reconnaissable comme point de départ ; Jacques Amalric demeure perceptible comme sujet ; mais les droites, les angles et les grands plans ont pris possession de l’espace. La nouvelle image ne se contente plus de rappeler le portrait : elle s’impose par sa propre puissance.