Réinterprétation de Nu bleu II d’Henri Matisse, silhouette féminine assise construite uniquement par de puissantes formes géométriques bleues et des intervalles blancs, œuvre de Pierre Tomy Le Boucher.
Une silhouette féminine assise se construit par quelques grands plans bleus anguleux séparés par des vides blancs, la droite remplaçant presque entièrement la courbe du Nu bleu II de Matisse.
Appropriation et remake

Appropriation et remake n° 21

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : Une silhouette féminine assise se construit par quelques grands plans bleus anguleux séparés par des vides blancs, la droite remplaçant presque entièrement la courbe du Nu bleu II de Matisse.

Description : Appropriation et remake n° 21 prend pour point d’appui Nu bleu II, réalisé par Henri Matisse en 1952. L’œuvre originale appartient à la série des quatre Nus bleus assis et utilise la technique des papiers gouachés découpés et collés. La figure humaine y atteint déjà un degré remarquable de simplification.

Le remake intervient donc sur une œuvre qui avait elle-même abandonné une grande partie des moyens traditionnels de représentation. Matisse ne modèle plus le corps par l’ombre, la lumière ou la profondeur. Quelques morceaux de papier bleu suffisent à produire une femme assise.

Cette économie constitue un terrain presque idéal pour L’éloge de l’approximation. Le modèle démontre déjà qu’une figure peut perdre énormément d’informations sans perdre sa présence. Le remake pousse cette disparition une étape plus loin.

Le bleu demeure. Le blanc demeure. La position générale demeure. En revanche, la souplesse des contours est presque entièrement supprimée. Les formes organiques sont remplacées par une architecture de droites et d’angles.

La transformation est radicale parce que le corps humain appartient naturellement au domaine de la courbe. Épaules, bras, poitrine, cuisses et jambes se construisent par des transitions continues. Ici, ces transitions disparaissent volontairement.

La droite ne cherche pourtant pas à nier le corps. Elle le reconstruit autrement. Une succession de directions suffit à produire une épaule ; un changement d’angle devient un coude ; deux grands plans bleus opposés font apparaître une jambe repliée.

Cette écriture donne à la figure une puissance très différente de celle du modèle. Chez Matisse, la découpe conserve une fluidité presque sensuelle. Dans le remake, le corps acquiert davantage de dureté, de tension et de stabilité.

La figure paraît presque bâtie. Les membres ne sont plus seulement des parties du corps : ils deviennent des structures. Les grandes surfaces bleues fonctionnent comme des poutres ou des plans qui s’appuient les uns sur les autres.

La droite donne ainsi une véritable monumentalité à une image pourtant extrêmement dépouillée. Peu de formes sont nécessaires. Leur force vient de leur taille, de leur orientation et de la manière dont elles occupent l’espace.

Le bras placé au-dessus de la tête constitue l’un des éléments essentiels de cette construction. Il forme une grande structure horizontale immédiatement identifiable. Son articulation avec la tête suffit à rappeler la pose générale du modèle.

Le torse est presque absent en tant que masse pleine. Il apparaît essentiellement grâce aux limites créées par les formes bleues qui l’entourent. Le corps est donc autant construit par ce qui est présent que par ce qui manque.

Le vide blanc possède ici une importance fondamentale. Il ne constitue pas simplement le fond de l’image. Il pénètre la figure, sépare ses membres, dessine certaines articulations et participe directement à la reconnaissance.

Ce vide établit un lien particulièrement intéressant avec le modèle de Matisse. Dans les Nus bleus, les intervalles entre les papiers découpés permettent déjà à l’espace de traverser le corps. Le remake conserve ce principe mais lui donne une netteté beaucoup plus angulaire.

Les vides deviennent presque des formes blanches. Certains prennent l’apparence de longues pointes ; d’autres dessinent des triangles qui découpent profondément la masse bleue. L’absence acquiert alors autant de puissance que la couleur.

Cette relation entre bleu et blanc évite toute nécessité de modelé. Aucun dégradé, aucune ombre et pratiquement aucune variation chromatique ne viennent aider la perception. La figure repose presque exclusivement sur la géométrie.

C’est précisément cette pauvreté volontaire des moyens qui donne à l’image sa force. Rien ne détourne le regard. Chaque droite devient immédiatement perceptible et chaque changement de direction prend une importance considérable.

La puissance ne naît donc pas ici d’une profusion de pointes ou d’une explosion de fragments. Elle vient de la concentration. Quelques grandes droites suffisent à tenir toute la figure.

Certaines d’entre elles sont presque verticales et donnent du poids à la composition. D’autres s’écartent brutalement selon de fortes diagonales et introduisent une tension. Le corps reste assis, mais l’image demeure énergique.

La droite possède alors une double fonction. Elle construit la silhouette tout en empêchant celle-ci de retrouver la douceur naturelle du corps. La reconnaissance persiste, mais elle est continuellement contrariée par la géométrie.

L’éloge de l’approximation apparaît précisément dans cette contradiction. La mémoire sait qu’une épaule est ronde, qu’une cuisse ne se termine pas par un angle et qu’un bras possède une continuité organique. Pourtant, elle accepte immédiatement les formes proposées.

Le regardeur corrige silencieusement l’image. Il arrondit les angles, poursuit les volumes interrompus et attribue une anatomie à des surfaces qui ne possèdent aucune rondeur véritable.

La perception produit donc une sorte de compromis. L’œil reçoit des polygones ; la mémoire restitue un corps. Entre les deux apparaît l’image reconnue.

L’appropriation trouve ici une situation particulièrement féconde parce que Matisse travaillait déjà sur cette frontière entre réel et abstraction. La figure restait identifiable malgré une simplification extrême et le papier découpé permettait à la couleur de devenir forme.

Le remake ne cherche donc pas à concurrencer cette simplification. Il en modifie la nature. La découpe souple devient coupure géométrique ; la sensualité de la courbe devient puissance de la droite.

Cette transformation permet également de mesurer l’autonomie du nouveau langage. Le bleu et la pose conservent la mémoire de Matisse, mais la manière dont la figure occupe l’espace appartient désormais à une autre logique.

Le résultat semble presque paradoxal : en supprimant encore davantage d’informations, le corps gagne en présence. Les grandes formes bleues sont suffisamment fortes pour s’imposer avant même que le regard ait entièrement reconstruit l’anatomie.

La droite révèle ici l’une de ses qualités essentielles dans cette série : elle peut être puissante sans être violente. Elle ne déchire pas la figure ; elle lui donne une ossature. Elle la tend, la stabilise et transforme sa fragilité figurative en autorité visuelle.

Le remake atteint finalement une économie proche du signe. Quelques surfaces bleues et quelques vides blancs suffisent. Matisse demeure dans la mémoire, mais la nouvelle image existe désormais par la force de ses propres droites.