Réinterprétation du portrait de Gaspard Meyer peint par Jacques-Louis David, homme assis écrivant transformé en puissants plans géométriques jaunes, rouges, turquoise, violets et bruns, œuvre de Pierre Tomy Le Boucher.
Gaspard Meyer demeure perceptible au centre d’une architecture de droites et de pointes colorées, tandis que son bras tenant une plume prolonge la dynamique de toute la composition.
Appropriation et remake

Appropriation et remake n° 23

1 750 € TTC

+ 50 € de frais de port supplémentaires

Informations sur l’œuvre

Caractéristiques de l’œuvre : Œuvre numérique au format 100 × 100 cm, imprimée sur toile en un exemplaire unique (1/1). Lors de l’acquisition, un document nominatif est remis à l’acheteur, précisant l’identité et les caractéristiques de l’œuvre, son caractère unique ainsi que les conditions de la vente. En cas de revente ouvrant droit au droit de suite, celui-ci est versé à l’artiste ou à ses ayants droit conformément à la législation en vigueur.

Légende : Gaspard Meyer demeure perceptible au centre d’une architecture de droites et de pointes colorées, tandis que son bras tenant une plume prolonge la dynamique de toute la composition.

Description : Appropriation et remake n° 23 prend pour point d’appui le portrait de Gaspard Meyer peint par Jacques-Louis David en 1795. Le modèle est représenté assis, dans une attitude relativement calme, associé à l’écriture par la présence de la plume et de la table.

Le remake conserve plusieurs éléments indispensables à cette reconnaissance : le visage, la position du buste, le bras avancé et surtout le geste d’écriture. Tout le reste peut alors commencer à se déplacer.

Le visage constitue la zone la plus stable de l’image. Les yeux, le nez et la bouche demeurent relativement lisibles. Le front et les cheveux sont déjà beaucoup plus fragmentés, mais quelques rapports suffisent encore à maintenir la présence du modèle.

Autour du visage, la composition change brutalement de nature. Le costume cesse d’être une succession de tissus et de plis. Il devient un assemblage de plans rouges, turquoise, jaunes, violets et bruns dont les directions déterminent davantage la figure que leur fonction descriptive.

La droite intervient alors comme une véritable force. Elle ne sert pas simplement à décomposer le portrait. Elle lui donne une direction, une vitesse et une puissance nouvelles.

Certaines formes convergent vers le centre du buste, d’autres s’en éloignent brutalement. Les pointes rouges et brunes donnent l’impression que le personnage est soumis à plusieurs poussées simultanées.

Le geste d’écriture devient particulièrement important. Le bras et la main ne constituent plus seulement un détail narratif. Leur direction prolonge tout un ensemble de diagonales qui traversent la partie inférieure gauche de l’image.

La plume elle-même acquiert presque une fonction graphique autonome. Fine, claire et orientée en diagonale, elle paraît appartenir autant au geste de Meyer qu’au réseau de directions qui organise toute la composition.

L’écriture devient ainsi mouvement. Ce qui était chez David un instant calme de réflexion reçoit dans le remake une énergie beaucoup plus forte.

Les grandes surfaces jaune clair jouent également un rôle essentiel. Elles ne reproduisent ni un mur ni une lumière naturelle. Elles traversent le personnage et l’espace, établissant de vastes directions qui donnent de l’ampleur à la composition.

Le turquoise produit une autre poussée. Il structure plusieurs zones situées derrière et autour du personnage, contrastant fortement avec les rouges et les bruns du vêtement.

Les formes violettes et très sombres situées autour de la tête possèdent davantage de poids. Elles encadrent le visage tout en créant de grandes pointes qui empêchent la composition de se refermer tranquillement autour de lui.

La puissance du visuel naît alors de l’opposition entre deux états. Le visage conserve quelque chose du calme du portrait de David ; tout ce qui l’entoure semble au contraire soumis à une forte agitation géométrique.

La droite donne à cette agitation sa cohérence. Sans elle, les fragments pourraient n’être qu’une dispersion. Grâce à elle, chacun possède une orientation et participe à un rapport de forces plus vaste.

Cette organisation permet de dépasser la simple idée de fragmentation. Le portrait n’a pas été cassé en morceaux. Il a été reconstruit à partir de directions.

Certaines droites soutiennent le personnage. D’autres le traversent. Certaines prolongent son geste. D’autres s’opposent frontalement à lui. L’image devient une architecture dans laquelle le corps doit trouver sa place.

L’éloge de l’approximation intervient dans cette transformation de manière presque immédiate. Une grande partie des détails du visage, du costume et du mobilier a disparu, mais la présence humaine demeure.

Le regardeur rétablit mentalement les volumes. Une succession de petits plans devient une joue ; plusieurs triangles deviennent une chevelure ; deux surfaces séparées sont réunies pour restituer un bras.

La mémoire accomplit également une opération plus subtile : elle arrondit les angles. Le visage humain continue d’être perçu comme organique alors qu’une grande partie de ce qui le constitue dans l’image appartient exclusivement à la droite.

Cette opposition est fondamentale. Plus la géométrie s’éloigne de la souplesse naturelle du corps, plus la perception doit intervenir pour restaurer une continuité.

La droite augmente donc simultanément l’écart et la présence. Elle éloigne le remake du portrait originel, mais elle donne à la nouvelle image suffisamment de puissance pour ne jamais apparaître comme une simple version appauvrie de David.

Le geste d’écriture acquiert dans cette logique une valeur presque symbolique. Une plume trace normalement des lignes ; ici, tout le personnage semble lui-même reconstruit par des lignes devenues formes.

Le remake introduit alors une relation inattendue entre sujet et procédé. Meyer écrit tandis que les droites écrivent à leur tour son image. Le signe produit par la main trouve son équivalent dans le signe plastique qui reconstruit le corps.

L’appropriation ne consiste donc pas à refaire un portrait néoclassique dans une esthétique contemporaine. Elle utilise le modèle pour confronter deux manières très différentes de produire une présence.

Chez David, cette présence naît de la précision du dessin, de l’observation du visage, des matières et de la maîtrise du modelé. Dans le remake, elle repose sur l’économie, l’angle, le vide et la puissance des directions.

Pourtant, l’une continue de traverser l’autre. Le modèle historique reste identifiable alors même que son langage pictural a presque totalement disparu.

Cette permanence montre jusqu’où une image mémorisée peut supporter la transformation. Le visage demeure ; le geste demeure ; quelques couleurs rappellent encore le costume. Le reste peut être soumis à une nouvelle architecture.

La droite trouve ici une fonction particulière parmi les œuvres de la série : elle ne se contente ni de charpenter ni de faire exploser. Elle met le geste en mouvement. Le personnage écrit, mais toute la composition semble prolonger physiquement cette action.

Le remake acquiert finalement sa puissance dans ce contraste entre concentration et expansion. Le regard de Meyer reste calme au centre tandis que les droites se déploient autour de lui. Le portrait ne disparaît pas sous la géométrie : il devient le point fixe à partir duquel celle-ci peut prendre toute sa force.