Ben 3.0
Cette série de dés monumentaux ne relève ni du jeu ni de la sculpture décorative. Elle s’inscrit dans une réflexion élargie sur le langage, l’autorité, la citation et la médiation technologique du sens. Chaque dé, de dimension identique, adopte la forme archétypale du cube — figure de stabilité, de rationalité, de neutralité — pour mieux en détourner l’usage. Trop grand pour être lancé, trop présent pour être ignoré, le dé devient ici un objet de confrontation intellectuelle.
Chaque face porte un QR code distinct. Aucun texte n’est donné à lire directement. Le regard seul est insuffisant. Il faut accepter une médiation, un geste contemporain devenu presque réflexe : scanner. Le sens n’est plus inscrit dans la matière, il est déplacé, différé, hébergé ailleurs. L’objet ne montre pas le langage, il en indique l’accès. Il devient seuil.
La série se compose d’environ cinquante dés, chacun associé à un nom propre — figure artistique, intellectuelle ou conceptuelle — non comme autorité figée, mais comme déclencheur de pensée. Les phrases accessibles par QR code sont écrites « à la manière de Ben », dans un esprit d’assertion, de paradoxe, d’évidence faussement naïve. Il ne s’agit pas de citations au sens strict, mais de formulations qui empruntent à l’économie du slogan, à la frontalité de l’énoncé, à la tension entre sérieux et ironie.
Il est ici nécessaire de rappeler brièvement ce qu’a représenté Ben Vautier. Ben a fait du langage une matière première. En inscrivant des phrases simples, provocatrices ou tautologiques sur des supports ordinaires — portes, toiles, objets — il a déplacé l’art vers le champ de l’énonciation. Chez lui, l’œuvre n’est pas ce qui est montré, mais ce qui est affirmé. Le texte n’explique pas l’art : il est l’art. Cette série de dés prolonge ce geste, mais en le déplaçant dans un régime contemporain où l’écriture manuscrite disparaît au profit d’un codage illisible pour l’humain.
Le QR code devient ainsi un paradoxe poétique.
Outil de rationalisation maximale, de traçabilité, de standardisation, il est ici détourné en vecteur d’énigme. Là où Ben utilisait la lisibilité immédiate, cette œuvre introduit l’opacité. Le texte existe, mais il est crypté. Il n’est plus offert au regard, mais conditionné par un dispositif. Le spectateur devient lecteur à travers la machine.
Les dés sont photographiés et présentés sur des fonds abstraits et lumineux, traversés de courbes souples et colorées. Cette mise en scène n’a pas vocation à prolonger l’œuvre, mais à la neutraliser visuellement. Elle agit comme un espace de suspension, un écrin volontairement déconnecté du propos, afin que l’objet conceptuel ne soit pas réduit à une esthétique. La beauté n’est pas le sujet ; elle est un leurre.
Cette logique se prolonge dans l’ouvrage Ben Vautier 3.0, qui rassemble l’ensemble des dés. Le livre ne documente pas seulement la série : il en devient une œuvre autonome. Il s’ouvre sur un supposé cours d’apprentissage de la lecture des QR codes. Le dispositif est volontairement absurde. Les premières pages reprennent les formes pédagogiques les plus élémentaires : chiffres, alphabet, mots simples. Puis, progressivement, les exercices deviennent irréalisables. L’échec est programmé. Personne ne peut mémoriser la position des micro-modules qui composent une grille de QR code.
Cette farce pédagogique révèle l’impossibilité fondamentale de revenir à une lecture directe du code. Elle met en crise l’illusion de maîtrise. Nous utilisons quotidiennement des systèmes que nous ne comprenons pas. Le livre rend visible cette dépendance. Il fait de l’ignorance une expérience consciente.
Sur la page de gauche, chaque dé est représenté à plat. Sur la page de droite — ou par l’intermédiaire du téléphone — le lecteur peut accéder à l’ensemble des phrases contenues dans les cinquante dés. Le livre devient alors un espace de condensation : il permet, en un lieu, d’activer toutes les œuvres, de parcourir la totalité du corpus, sans jamais épuiser le sens.
Ces dés ne produisent ni hasard ludique ni vérité révélée.
Ils produisent un délai.
Un temps de latence entre l’objet et le texte, entre le regard et la compréhension, entre l’histoire de l’art et son actualisation numérique. Ils interrogent ce que devient l’énoncé artistique à l’ère du code, ce que devient l’héritage de Ben lorsque l’écriture disparaît derrière la grille.
Ce ne sont pas des objets à contempler, mais des dispositifs à activer.
Des sculptures conceptuelles où le langage, désormais crypté, continue malgré tout de résister.
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