Mythologie grecque : 568 divinités personnifiées

Le Panthéon (im)personnel

568 apparitions

Cette collection prend la forme d’un panthéon.
Non pas un panthéon officiel, hiérarchisé, stabilisé par l’histoire ou par l’institution, mais un panthéon instable, fragmentaire, subjectif — un panthéon (im)personnel.

Les 568 tableaux qui le composent représentent des divinités issues de la mythologie grecque, pour la plupart méconnues, secondaires, parfois presque effacées des récits dominants. Il ne s’agit pas de figures héroïques figées par l’iconographie classique, mais de présences discrètes, de puissances latentes, de fonctions symboliques oubliées. Ces dieux n’ont pas vocation à être reconnus immédiatement. Ils demandent du temps, de l’attention, une disponibilité au doute.

Chaque tableau est moins une illustration qu’une apparition. L’image ne cherche ni la restitution archéologique ni la fidélité narrative. Elle opère par résonance. Elle convoque une mémoire diffuse, une culture fragmentaire, une intuition plus qu’un savoir. Le regardeur n’est pas invité à identifier, mais à ressentir. Le divin n’est pas donné ; il se laisse approcher.

Cette collection s’inscrit dans une logique encyclopédique détournée. Une encyclopédie, traditionnellement, vise l’exhaustivité, la classification, l’ordre. Ici, le classement existe, mais il ne rassure pas. Les entrées sont autant de seuils. Chaque divinité ouvre un champ de forces, une constellation de significations possibles. Le savoir y devient sensible, plastique, parfois instable.

Les quatre tomes de l’encyclopédie plastique constituent une cartographie progressive de ce panthéon contemporain. Ils ne racontent pas une mythologie ancienne : ils interrogent la persistance du divin dans un monde qui prétend s’en être détaché. Ce divin ne descend plus de l’Olympe ; il surgit dans l’image, dans la couleur, dans la forme. Il se loge dans les interstices du visible.

Les tableaux, appelés à être exposés, forment une collection en devenir. Leur accumulation n’est pas décorative : elle est conceptuelle. Réunir 568 divinités, c’est produire une saturation du sacré, une inflation du symbolique. À mesure que les figures se multiplient, aucune ne domine réellement. Le regard circule, se perd, se recompose. Le panthéon devient un espace mental.

Ce projet ne propose ni croyance ni dogme. Il ne cherche pas à réactiver une foi, mais à rendre perceptible un besoin ancien : celui de nommer ce qui nous dépasse. En ce sens, ces divinités ne sont pas tant des dieux que des figures opératoires, des outils de pensée, des formes pour penser le monde autrement.

Le Panthéon (im)personnel est ainsi une tentative de réenchantement critique.
Un lieu où l’image remplace le mythe,
où la peinture devient langage,
où les dieux, enfin, cessent d’être immortels pour redevenir visibles.