Le prétoire

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Peinture numérique de « Le prétoire » de l’exposition Comma. Il s’agit d’images choisies, mélangées, torturées. Je ne garde que l’essence de leur homogénéité qui rentre dans le domaine du synonyme, comme si le champ du synonyme était utilisé dans le domaine des arts plastiques. Le style graphique et stylistique sont emprunt au concept élaboré dans l’Éloge de l’approximation » : une peinture à reconstruire à l’aide de la structure à laquelle sont subordonnées les perceptions qui met en évidence les troubles de la perception liés à la manière dont le souvenir a été enregistré dans le cerveau de chaque individu. Cliquez pour voir le vidéogramme et comprendre le concept de Comma

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Description

Le Prétoire

Cette histoire accompagne le tableau représentant le Prétoire. Cette narration n’est pas un texte d’illustration. Inversement, cette image n’est pas l’illustration du texte. Il s’agit d’un texte destiné à créer un souvenir artificiel comme deux éléments anecdotiques qui se croisent. L’un aidant à se souvenir de l’autre. Le visuel et le texte sont tout à fait dissociables. En outre, certaines similitudes telles que le titre, le lieu permettent d’effectuer, sans doute, une liaison : le point de départ anecdotique est inventé dans le but de permettre la création d’un embryon et ainsi obtenir la substance de mémorisation.

Vidéogramme de présentation de la nef au narthex sur Youtube

Athée et catholique

Le père s’amuse à dire qu’il est athée et catholique. Cette idée lui est venue quand il a entendu à la télévision Bernard-Henri Lévy dire qu’il était athée et juif.

Aux marches

Jérôme et Martial se sont donné une fois de plus rendez-vous « aux marches ». Toutefois Martial est debout. Il raconte toutes sortes de choses passionnantes que partagent les enfants de cet âge-là. En regardant dans la direction de Martial, Jérôme remarque dès lors que la porte de l’église est entrouverte. Jérôme n’écoute plus, en effet, Jérôme est attiré par l’ouverture de la grande porte.

Martial raconte souvent de nombreuses choses ésotériques, captivantes, surnaturelles dont la source est puisée dans les leçons de catéchisme. Martial sent que Jérôme est intrigué par les choses probablement un peu magiques et mystérieuses.

Une aventure extraordinaire

Jérôme propose à Martial de rentrer dans l’église. Ce qui est une banalité pour l’un est cependant une aventure extraordinaire pour l’autre. Ils montent quelques marches. Les enfants ouvrent la barrière en fer forgé. Le couple franchit un tapis de cailloux et enfin arrive à la grande porte de l’église. Martial pousse la vieille porte niellée de ferronnerie. Celle-ci émet un gémissement en raison d’une rouille persistante. Jérôme paraît à la fois amusé, mais tout de même apeuré. Ainsi, le vieux groom referme la lourde porte et plonge les enfants dans le noir. Si bien qu’il faudra à Jérôme quelques secondes pour passer de la lumière à l’ombre. Enfin, il regarde tout autour de lui et ses grands yeux marron découvrent un univers tout en hauteur, immensément haut. L’odeur de l’encens ainsi que la fraîcheur des lieux procurent à Jérôme une sensation délicieusement excitante.

La gestuelle religieuse

Martial, de façon naturelle, approche sa main du bénitier avec conviction. Il effleure l’eau puis enchaîne un signe de croix. À peine quelques secondes plus tard,  il effectue une petite génuflexion rapide, presque automatique, voire mécanique. Tandis que Jérôme s’apprête à faire de même, Martial, de crainte d’un blasphème, saisit le bras de son acolyte dans le but de l’empêcher de finir son geste. Il lui explique qu’il n’a pas le droit. Mais Jérôme rétorque qu’il est baptisé tout en avouant qu’il ne va jamais à la messe. C’est pourquoi Martial profite de ce dernier argument pour lui interdire la gestuelle religieuse.

Les deux enfants avancent enfin dans l’allée centrale.

Martial : « Je ne savais pas que tu étais baptisé ! »

Jérôme : « Si, j’ai été baptisé, mais je ne me souviens de rien. »

Père est athée et la mère est agnostique

Dans la famille de Jérôme règne une certaine osmose, car les rôles sont parfaitement répartis. Le père est athée. La mère est agnostique. Le reste de la famille est sans conviction. Pour la mère, les choses sont plus incertaines, voire controversées. Elle ne sait que croire, car cela dépend des moments. Dans la félicité, elle est croyante et de surcroît, elle imagine une puissance supérieure. Une force anime les êtres vivants mais elle exclut les animaux. Dans l’adversité, elle rejette un Dieu répandant de la souffrance et ensuite des malheurs sur l’ensemble de la terre.

Bernard-Henri Lévy

Le père s’en amuse. En effet, il aime à dire qu’il est d’une part athée et d’autre part catholique. Cette idée lui est venue quand il a entendu à la télévision Bernard-Henri Lévy dire : je suis athée et juif. En premier lieu, cette notion lui paraissait incompatible. Puis à la réflexion, et en conséquence, il reconnaît que de vivre avec des compatriotes catholiques, dont il sait par ailleurs que seulement 10 % d’entre eux vont à la messe, avait une influence sur la vie du village : cérémonies, jours fériés, kermesse, patronage et toutes sortes de manifestations où l’église et les artisans du village participent.

Sous un immense retable

Les deux enfants s’arrêtent lorsqu’ils arrivent au chœur de l’église. Ils regardent autour d’eux. Jérôme est subjugué par le décor sans doute par une lumière particulière. Les vieux tableaux sombres représentent des scènes énigmatiques. Jérôme imagine en conséquence que cela ne doit pas être facile d’enfiler un pull lorsque l’on possède une auréole sur la tête. Les toiles de velours pourpre tombent le long des murs. Toutes sortes de décorations dorées entourent l’autel. Sous un immense retable se trouve une petite porte dorée : le tabernacle. Martial explique à Jérôme que le tabernacle est un athanor ou les hosties se transforment, grâce à une alchimie divine, en corps du Christ. Ainsi, Jérôme ne se voyant pas comme un cannibale signifie son haut-le-coeur par un : « beurk ! »

Dieu est grand, il fait plusieurs mètres de haut

Martial rit, ce qui devient un plaisir immédiat pour Jérôme.

Jérôme, un peu inquiet rétorque : « Mais, tu as vu la taille de la pièce, sa hauteur, mais pourquoi c’est si haut. »

Martial réfléchit un instant et mesure en conséquence la crédulité de son ami et lui dit très sérieusement.

Martial, d’un ton malicieux dit : « c’est normal, certains soirs Dieu visite les églises et Dieu est très grand, il fait plusieurs mètres de haut. » L’enfant aux yeux noisette ne sait plus quoi penser.

La lecture de l’évangile

Jérôme remarque le rayon de lumière qui éclaire le fauteuil de monsieur le curé. Situé presque au centre du chœur, le fauteuil a si belle allure. En effet, l’on dirait un trône de roi. Le velours rouge recouvre le fauteuil, celui-ci est de surcroît cerné par des clous à tête dorée disposés en file indienne. Les accotoirs sont de taille idéale pour les coudes. Monsieur le curé utilise celui-ci pendant la lecture de l’évangile, lorsque l’un de ses paroissiens officie derrière l’ambon. Le trône paraît illuminé par un rayon lumineux, voire divin. La scène est de toute beauté. Jérôme est saisi d’une émotion intense.

Le fauteuil magique

Martial explique à Jérôme que ce fauteuil est magique. Il permet de voyager dans l’espace et également dans le temps. Le blondinet révèle à son ami qu’en s’asseyant sur le fauteuil, il sera automatiquement projeté en Afrique. Dès lors, il pourra aider de jeunes enfants de son âge. Son voyage durera peut-être trois semaines et pourtant le voyageur ne sera absent que quelques minutes. Jérôme est circonspect. L’émotion est si forte à tel point qu’un frisson le traverse des pieds à la tête. Jérôme regarde Martial. Lentement Martial s’approche du fauteuil magique.

Il accélère le pas

Martial fait dos au fauteuil. Ainsi, il peut se lancer d’un coup en arrière pour y retomber de tout son poids. Un nuage de poussière envahit le chœur. La myriade de perlimpinpins tourbillonne dans le rayon de lumière. Cependant, après quelques instants, les particules retombent. Jérôme aperçoit un fauteuil vide. Il imagine déjà Martial avec les petits africains. Jérôme, cloué au sol cherche du regard un élément signifiant qui pourraient ainsi le rassurer. De peur de croiser un dieu de 6 m de haut, il préfère quitter l’église. De crainte que ces pas soient délateurs, il semble glisser lentement sur la pointe des pieds et accélère très rapidement le pas. Dès lors, il arrive enfin à l’entrée de l’église et ouvre la grande porte qui gémit de nouveau.

La fuite

Son cœur bat. Il dévale les escaliers de pierre. Arrivé en bas, il se retourne, probablement inquiet, car il ne peut s’empêcher de contempler cette église de bas en haut. Ainsi, Jérôme ne sait plus quoi penser par conséquent il tourne en rond. Il n’en revient pas, il ne comprend pas, il pense même que cette situation est de sa faute. En effet, c’est lui qui a voulu rentrer dans l’église. Il imagine déjà l’explication qu’il faudra donner à ses parents et aux parents de Martial.

Les trois dernières semaines

Tout à coup, Martial surgit sur le côté gauche de l’église. Jérôme, avant tout, ne se sent plus de joie. Martial le rassure et commence à lui raconter les trois dernières semaines qu’il a vécues en Afrique. Il donne beaucoup de détails sur le nombre de puits qu’il a aidé à installer grâce à de nombreux bénévoles. Martial prétend, toutefois, être un peu fatigué. Jérôme n’en revient pas.

Le désarroi

Jérôme rentre chez ses parents. Ceux-ci perçoivent instantanément son désarroi. Une longue conversation commence. Jérôme explique le déroulé de sa journée. Il ne sait plus qui croire. Il a vu Martial disparaître. Les parents le rassurent en lui expliquant que c’est impossible. Mais Jérôme dit à ses parents qu’ils ne connaissent rien à Dieu, qu’ils n’y croient pas et que par conséquent, ils ne peuvent pas comprendre. À court d’arguments, les parents changent de sujet. La petite famille termine sa soirée devant la télévision.

Le compte rendu

Le lendemain matin, la maman de Jérôme appelle la maman de Martial pour éclaircir ce mystère. Cette dernière n’est pas au courant de l’affaire. Elle décide de tirer l’histoire au clair et de revenir vers elle pour un compte rendu.

Après quelques hurlements et quelques pleurs, Martial explique le tour pendable qu’il a infligé à son ami. Il savait qu’en se plaçant devant l’église, Jérôme serait intrigué par l’ouverture de la porte de l’édifice. Le fauteuil contenait beaucoup de poussière et Martial le savait. C’est un petit jeu qu’il avait déjà expérimenté. Martial a placé le fauteuil dans la lumière. Après avoir sauté dans le fauteuil, l’ensorceleur se savait protégé par le nuage de poussière. La sortie par la sacristie fut rapide et indécelable. Quant à l’histoire de l’Afrique, il n’a pu résister, Martial n’ayant jamais eu d’aussi beau candide. Nourrie de ses explications, la maman de Martial a tout raconté à la famille de Jérôme en s’excusant à chaque instant.

Un plan machiavélique

Quand Jérôme fut au courant de ce plan machiavélique, il refusa de voir Martial. Même si ce dernier est venu chaque jour pour demander de ses nouvelles. Pour aider son fils, la maman de Jérôme inventait de pieux mensonges en affirmant que celui-ci était malade et contagieux. Ils ne se sont plus revus des vacances. Contrainte et forcée, la rentrée des classes a permis de reconstruire une nouvelle amitié sur de nouvelle base.

15 ans plus tard, Jérôme fera une thèse de doctorat sur le thème du mythe et de la mythologie.

Pierre Tomy Le Boucher

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