Chemin de croix ESJLA

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Peinture numérique de « Chemin de croix ESJLA » de l’exposition Comma. Il s’agit d’images choisies, mélangées, torturées. Je ne garde que l’essence de leur homogénéité qui rentre dans le domaine du synonyme, comme si le champ du synonyme était utilisé dans le domaine des arts plastiques. Le style graphique et stylistique sont emprunt au concept élaboré dans l’Éloge de l’approximation » : une peinture à reconstruire à l’aide de la structure à laquelle sont subordonnées les perceptions qui met en évidence les troubles de la perception liés à la manière dont le souvenir a été enregistré dans le cerveau de chaque individu. Cliquez pour voir le vidéogramme et comprendre le concept de Comma

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Description

Chemin de croix ESJLA (Église de Saint-Julien-l’Ars)

Cette histoire accompagne le tableau représentant un chemin de croix. Cette narration n’est pas un texte d’illustration. Inversement, Cette image n’est pas l’illustration du texte. Il s’agit d’un texte destiné à créer un souvenir artificiel comme deux éléments anecdotiques qui se croisent. L’un aidant à se souvenir de l’autre. Le visuel et le texte sont tout à fait dissociables. En outre, certaines similitudes telles que le titre, le lieu permettent d’effectuer, sans doute, une liaison : le point de départ anecdotique est inventé dans le but de permettre la création d’un embryon et ainsi obtenir la substance de mémorisation.

Vidéogramme de présentation de Parcours de la Nef ESJLA sur Youtube

Le chemin de croix

Martial se fraie un chemin sur un sol, de surcroît, cabossé à travers un groupe endimanché pour la circonstance. Aujourd’hui, c’est trois jours avant Pâques, c’est une fête religieuse. 14 petites croix surmontent les 14 cadres en bois : c’est le Vendredi saint.

Martial, cet enfant de six ans ne pense qu’aux œufs en chocolat. Sans doute, les parents passeront un long moment à cacher les œufs voire d’autres friandises dans tous les revers du jardin. Martial imagine déjà le parcours le plus intelligent, voire le plus stratégique, dans le but d’obtenir la meilleure récolte. Si certains de ses cousins et cousines sont plus jeunes, d’autres sont plus âgés et enfin beaucoup plus rapides.

Toutefois, Martial s’imagine un leitmotiv : “pourvu que la récolte soit bonne !” Il imagine un panier rempli de friandises, voire une corne d’abondance”.

La froideur de l’église

Martial a déjà oublié que les grands-parents bien intentionnés répartissent de façon équitable le trésor. Mais aujourd’hui, nous sommes vendredi, le vendredi 27 mars 1964. L’église est froide. Les grille-pain accrochés en haut des colonnes ne réchauffent cependant que faiblement le visage. Lorsque l’on a six ans, on ne voit que des ceintures et des mains. Ces dernières sont effilées avec des ongles parfaitement taillés et colorés de façon précise. Pour cette tribu, le vernis doit éviter la lunule. D’autres mains sont toutes ridées avec des grosses et des petites tâches. Dès lors, il n’est pas rare d’observer la présence de cannes.

Le Vendredi Saint

Martial se fraie un chemin sur un sol cabossé à travers un groupe endimanché pour la circonstance. Aujourd’hui, c’est trois jours avant Pâques, c’est une fête religieuse, c’est le Vendredi saint. Ses chevilles fragiles ont tendance à se tordre tant le pavage est abîmé. Les chaussures sont bien cirées. Les chaussettes, pas trop hautes, sont blanches. Quant au pantalon, il est noir et étroit. Cependant, le manteau est un caban d’un bleu sombre. Il possède six boutons. Chacun d’entre eux possède des motifs sculptés. Cet ornement représente une ancre de navire stylisé. Lors des moments d’insouciance, Martial pose délicatement ses doigts sur l’un des boutons afin d’en connaître son orientation. Grâce au positionnement de l’ancre, il peut en déduire l’angle de la rotation du bouton.

Les coudes sur la table

Depuis son arrivée à l’église, Martial constate que le groupe se déplace de quelques pas vers la gauche avec une fréquence régulière. C’est toujours le même qui balbutie un verbiage qui relève plus de la prosodie que des paroles de la sainte Bible. D’autre part, ce vieux monsieur parle le plus souvent avec les yeux fermés. Martial se demande si celui-ci n’est pas aveugle.

Quelques dimanches par an, la famille de Martial est en effervescence, car, le monsieur qui ferme les yeux vient déjeuner. Martial a reçu des consignes. D’abord, il doit se taire et il doit faire attention à ne pas mettre ses coudes sur la table en gardant une position hiératique. Dans l’hypothèse où le malvoyant se tourne vers lui, il aura pour mission d’acquiescer deux fois de la tête. Martial pourra, ainsi, montrer son approbation. Si tout se passe correctement, l’octogénaire lâchera : « Votre petit garçon est adorable, il est vraiment bien élevé ». Alors, la maman de Martial lancera un regard de connivence à son époux. Ils seront fiers de leur progéniture.

Octogénaire chancelant

Martial n’a pas compris la procession. Toutes ces personnes regardaient quelque chose qu’elle était empêchée de voir. Le lendemain, Martial voulut en avoir le cœur net. Il n’a eu qu’à traverser la route pour retourner dans l’église. Conformément à son souvenir, Martial regarde et cherche ce qu’il n’a pu voir la veille.

En conséquence, Martial est un peu déçu, en effet, il ne perçoit pas de changement à l’intérieur de l’église. Martial pense que l’exposition est terminée. Il ne connaîtra jamais son contenu. En refaisant l’itinéraire du groupe d’adultes, Martial se met à faire le rapport entre les mots de l’octogénaire chancelant et ceux qu’il voit sur le mur. En effet, l’enfant avait déjà remarqué la « déco », cette série de cadres en bois présents depuis tout temps. Ainsi, Martial établit seulement aujourd’hui le rapport avec la cérémonie de la veille.

Via Crusis

Une petite croix surmonte chacun des quatorze cadres en bois dans le but de montrer la cohérence de cette suite. La frise sculptée sert de pourtour. Elle délimite une scène en bas-relief. Un même personnage est omniprésent. À l’instar d’une bande dessinée, le héros paraît de plus en plus affaibli à chaque case. Le petit Martial se déplace de station en station afin de découvrir la fin de l’histoire. Il prend son temps, car le travail de ciselage est merveilleux. Une telle précision pourrait rendre ces petits personnages vivants. Mais il n’y a pas de légende, pas de phylactère. Le même mot apparaît sous chaque station : « Via Crusis et un numéro ».

Mais que veut dire Via Crusis ? Martial a beau réfléchir. Il sait qu’il connaît cette expression. Il déplace son béret vers l’avant. D’un geste nerveux, il passe sa main au travers de ces cheveux pour atteindre le cuir chevelu. Grâce à ce stratagème, il pense sonder sa mémoire.

Martial continue son chemin. Il arrive devant la 12e station. Là, il reconnaît ce personnage qu’il voit partout, un homme embroché. Cet homme clouté aux mains et aux pieds est présent dans toutes les pièces et toutes maisons de son univers. Ce personnage est le christ. La tribu l’appelle communément le Christ en croix et le Christ, les parents de Martial en parlent souvent à la maison.

Quel Calvaire

À la dernière station, Martial pense qu’il n’a pas tout compris. Pourquoi ce destin ? Pourquoi cet homme a-t-il dû endurer toutes ces souffrances ? En conséquence, Martial baisse la tête. Il regarde vers le sol et imagine cette souffrance sans bien en comprendre le pourquoi. Il lâche un « waouh, quel calvaire ».

La voix aiguë de sa maman le fait sortir de sa torpeur. Inquiète, elle crie, elle est fâchée de voir son fils, d’autant plus que Martial est une fois de plus ailleurs. Soit il joue loin de la maison, soit il est dans sa chambre et comme beaucoup d’enfants de son âge, Martial s’invente un monde qui lui est propre. Ainsi, rattraper par la réalité Martial s’exécute. L’enfant aurait eu tant de questions à poser, mais il faudra attendre d’autres circonstances. D’autres circonstances qui ne viendront peut-être jamais et changeront la destinée d’un adulte.

Pierre Tomy Le Boucher

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