Comma
Entre deux images — désignées arbitrairement comme « A » et « B » — surgit ce que Pierre Tomy Le Boucher nomme un Comma. Il ne s’agit ni d’un simple intervalle, ni d’une transition fluide, mais d’un état instable de l’image : une zone intermédiaire, un espace de latence où les signes visuels se contaminent, se fragmentent et se recomposent sans jamais se stabiliser pleinement. Le Comma est une image en suspens, un devenir plus qu’une forme, un territoire où le sens vacille.
L’exposition tire son nom de ce principe, théorisé dans l’ouvrage Comma, et se déploie en deux mouvements distincts mais profondément liés.
Le premier volet expose les cadres conceptuels qui structurent la recherche plastique de l’auteur. Deux notions y dominent.
La première est le Comma lui-même : une image ni achevée ni inachevée, toujours située entre deux régimes de visibilité, entre reconnaissance et perte.
La seconde est l’éloge de l’approximation, qui valorise les lacunes, les manques, les trous comme autant de zones actives de projection mentale.
L’image, volontairement lacunaire, refuse la complétude. Elle se donne comme un fragment à activer. Le spectateur n’est plus face à une œuvre à contempler, mais face à une absence à combler. Reconnaître un visage malgré sa déformation devient un acte de mémoire plus que de perception. Le jeu consiste à identifier ce qui n’est pas entièrement montré. Le « gagnant » n’est pas celui qui voit le mieux, mais celui qui parvient à reconstruire ce qui manque. Ici, l’absence fait œuvre.
Le second volet de l’ouvrage relève de la fiction — une fiction documentée, située à la lisière du réel, dans une tradition proche de celle de Christian Boltanski ou d’Agnès Varda. Les récits qui accompagnent les images ne les expliquent pas : ils les déplacent. Ils fonctionnent comme des contrepoints narratifs, ouvrant un espace de friction entre ce qui est vu et ce qui est raconté.
La majorité des images ayant été produites dans des églises, cette partie devient l’occasion d’interroger la religion catholique dans ses paradoxes contemporains. Le texte ne s’adresse pas aux croyants fervents ni aux détracteurs caricaturaux, mais à deux figures spécifiques : les catholiques discordants et les athées lucides.
Les premiers vivent dans une dissonance permanente. Ils se revendiquent croyants, participent aux rites, puis contredisent dans leur quotidien ce qu’ils affirment défendre. Leur morale est variable, indexée à leur position sociale, qu’ils souhaitent suffisamment élevée pour justifier leurs entorses. Leur foi est automatique, ritualisée, vidée de toute interrogation. Ils sont souvent les plus visibles, les plus nombreux, et paradoxalement les moins croyants. Leur parcours spirituel — baptême, catéchisme, communions successives, messes répétées — ressemble davantage à un dossier administratif validé par étapes qu’à une quête intérieure. Ils accomplissent leur devoir, strictement leur devoir, sans jamais le questionner.
Face à eux apparaissent les catholiques dits « de naissance », baptisés par précaution, comme on souscrirait une assurance symbolique contre l’inconnu. Ils ne pratiquent pas, ne croient pas vraiment, mais admettent l’éventualité d’une transcendance par prudence plus que par foi.
Enfin, l’auteur accorde une considération particulière aux athées instruits, dont l’incrédulité repose sur une cohérence intellectuelle assumée, nourrie par la lecture, le débat et une pensée structurée.
Dans sa pratique professionnelle comme dans sa vie intime, Pierre Tomy Le Boucher a toujours privilégié l’allégorie pour rendre intelligible ce qui résiste à l’évidence. Deux figures enfantines — Martial et Jérôme — deviennent ici des médiateurs. Par la naïveté feinte de Jérôme, l’auteur formule les questions que les adultes n’osent plus poser, ou qu’ils ont cessé d’entendre.
Lors de l’écriture, une figure amicale hante le texte : Michel S., athée revendiqué, dialecticien infatigable, toujours prêt à opposer au religieux un arsenal argumentatif rigoureux. Pour éprouver la radicalité de cette position, l’auteur lui propose une expérience limite : vendre son âme pour un euro symbolique. Michel S. accepte. Un certificat est établi. L’athéisme devient contractuel, juridiquement assumé. D’autres athées, pourtant prolixes, ont refusé l’expérience.
Cette transaction absurde ne cherche ni à provoquer ni à blasphémer. Elle interroge la consistance réelle des convictions, croyantes ou non, lorsqu’elles sont confrontées à une mise en acte.
Que Dieu — s’il existe — pardonne cette expérimentation conceptuelle.
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